vendredi 10 juillet 2009

Quand la musique confine à la grâce...

On est parfois marqué par la grâce d'un artiste : comédien, comédienne du cinéma ou théâtre, musicien, musicienne issu de la sphère classique ou de la musique dite contemporaine ou moderne. J'ai été frappé par la grâce et la virtuosité de la française Hélène GRIMAUD, sa beauté fragile, sa sensibilité et son intelligence devant le clavier classique d'un Johannes BRAHMS. J'ai été frappé par le visage de cette pianiste surdouée et virtuose de quarante ans dont l'émotion est visible, palpable, à chaque note qu'elle dépose sur son clavier. On culpabilise ainsi de sa propre impudeur à lire en transparence les émotions d'un ou d'une autre. Les lire nous renvoie ainsi à nos propres émotions.

Dans sa préface du livre de Stéphane BARSACQ consacré au compositeur du XIXème, elle écrit : "Tragique, Brahms ? La tragédie est l'art de regarder en face avec compassion ce qu'on ne peut d'ordinaire fixer sans souffrance. Assurément, ce livre a la vertu de rendre Brahms à ceux qui aiment sa musique, toutes ces notes ignées et teintent notre crépuscule, mieux que d'une lumière d'or triste, d'un feu sans âge et sans fin."

Dans un genre différent mais toujours dans le cadre de ce vaste univers des genres musicaux et, depuis le succès unanime de Zamazu il y a deux ans qui a définitivement scellé son statut de musicien d’envergure internationale, on attendait ce nouvel album de Roberto FONSECA


Lors de la première écoute de cet album de 55 minutes : "Akokan", j'ai compris que j'avais trouvé là, l'oeuvre magistral qui peut pénétrer l'âme par des sons, une musique. Une musique qui trouve ses sources dans toutes les musiques du monde.

Le jazz seul, le jazz uniquement, le jazz sans égal, peut atteindre une telle unité dans une diversité aussi plurielle.

Jazz aux sonorités latines ou imprégné de rythmiques funk, cette douzaine de plages, instrumentales pour la plupart, ne manquent pas de souffle lyrique au point que les voix de Mayra ANDRADE, invitée sur "Siete Potancias", ou celle de Raul MIDON sur "Everyone desserves a 2nd Chance" sont presque superfétatoires !!! Certes, j'exagère tant ces artistes ont une voix tellement belle, si loin des modes, intemporelle, mais, si proche de l'âme humaine.

Après trois écoutes de 55 minutes, je n'avais pas vu les kilomètres passés et je savais qu'il me restait encore à découvrir quelques origines cachées sous ces merveilleuses volutes musicales.

Enregistré en quartet à la fin de 2008 dans les fameux studios Egrem à La Havane à Cuba, là même où NAT KING COLE - dont ma fille aînée m'offre régulièrement des cd - a enregistré ses titres les plus connus en espagnol, l’album révèle non seulement le talent de compositeur du pianiste cubain, mais aussi son travail de producteur, et à travers lui sa capacité à faire que les auditeurs soient transportés par la musique sur Akokan, un mot yoruba qui signifie le coeur.

Enrichies par le grain de ce studio historique, les performances live dont Roberto et ses acolytes ont le secret en sortent renforcées.

Mais ce n’est pas tout. Il assemble des sons surgis d’une tradition populaire, de paysages imaginaires (Bulgarian), ou malaxe le silence sur son clavier à l’instar d’un Thelonious Monk (Pequeños Viajes). Le beau jeune homme invite à la danse dans un air de fanfare de rue ou retrouve, en compagnie du vocaliste Raul MIDON, la fragilité en suspension de Chet BAKER...

Quelle ambiance ! A chaque seconde, on retient son souffle pour tenter de reconnaître une influence, une inspiration, un pays, une culture, un folklore que l'on traverse parfois sans s'en aperçevoir tant cette musique virevolte, légère, lente, parfois emballée.

Il s’entoure, est accompagné d’amis virtuoses avec lesquels il travaille depuis plus de douze ans comme le souffleur Javier ZALBA et le frissonnant contrebassiste Omar GONZALEZ. Tout ceci en diverses configurations. Cela lui a permis d'enregistrer en toute confiance et avec une grande assurance ses nouveaux morceaux, tous inspirés par ses récentes expériences, quelques rencontres, bref par la vie.

Mention spéciale à la chanteuse cap-verdienne Mayra ANDRADE, et son chant pointilliste.

L’absolue maîtrise de l’instrumentiste devant son clavier ne fait que servir son inspiration impressionniste. La vie surgit comme un périple romantique, ou un sourire de mère, riche d’un éternel balancement caribéen. Et FONSECA parvient alors à enserrer tout un univers de nostalgie et de suavité entre ses mains.

Plusieurs des musiciens ont d’ailleurs témoigné qu’après quatre jours à peine d’enregistrement, ils avaient déjà l’impression d’avoir voyagé à travers nombre de pays et cultures, un peu comme s’ils assistaient à la projection d’un film.
Ajouté à cela, les paroles les plus spirituelles qui soient portées par les voix des deux invités de l'album et, des "liner notes" intégrées au coffret non moins spirituelles, qui donnent sens à cette oeuvre magistrale parmi les meilleures de l'année.

En écoutant Akokan, ses atmosphères si pures, sa magie musicale et ses incroyables solos, on peut lire dans le propre esprit de Roberto FONSECA, et accéder ainsi à une certaine universalité de la musique.
Oui, ce disque touche à l'universalité dont seul le jazz est capable. Il m'a profondemment ému par son universalité. C'est bien nous, c'est notre monde que l'on déroule à nos oreilles.

Xavier ALGRET

samedi 20 juin 2009

La farce européenne...

J'ai toujours apprécié Vaclav HAVEL. Intellectuel réputé et indiscutable y compris par ses quelques détracteurs. Il est depuis toujours associé à l'origine de la Charte 77. Il est ex-président de la République. Politicien atypique, généralement estimé comme une « personnalité extraordinaire » dans son pays, souvent appelé le « président-philosophe », sa vie a été qualifiée d'« oeuvre d'art» par Milan Kundera.

C'est un homme d'une moralité exemplaire dans un monde aux repères difficiles. Il a su tenir le cap de ses options philosophiques, morales et spirituelles.


« Imaginez, écrit M. Vaclav Havel, une élection dont les résultats sont largement connus à l’avance et à laquelle se présentent toute une série de candidats à l’incompétence notoire. Tout scrutin prétendument démocratique organisé de la sorte ne manquerait pas d’être qualifié de farce. » L’ancien président tchèque ne pensait pas au Parlement européen, mais au Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Et pourtant...

Depuis la première élection des députés européens au suffrage universel, en 1979, le taux d’abstention a bondi de 37 à 60 %. Les pouvoirs du Parlement se sont néanmoins accrus, et son champ d’action concerne 495 millions d’habitants (contre 184 millions il y a trente ans). L’Europe occupe la scène ; elle ne passe pas la rampe. Pourquoi ?

Sans doute parce qu’aucune communauté politique continentale n’existe en réalité. L’espoir que la simultanéité de vingt-sept scrutins nationaux, presque toujours disputés autour d’enjeux internes, va déboucher un jour sur la naissance d’une identité européenne continue de relever de la pensée magique.

En France, sept des huit circonscriptions électorales ont été découpées aux seules fins de favoriser les grands partis ; elles ne correspondent à aucune réalité historique, politique ou territoriale. Celle du Sud-Est accueille d’ailleurs pour chef de file un socialiste autrefois élu dans le Nord-Ouest et qui a qualifié de « crève-cœur » son propre parachutage. Il est pourtant élu d’avance, comme la ministre française de la justice, que l’objet du scrutin intéresse si peu qu’elle croit que c’est à La Haye, pas à Luxembourg, que siège... la Cour de justice des Communautés européennes. En Italie, M. Silvio Berlusconi avait carrément envisagé de présenter huit mannequins et actrices de soap operas comme candidates.

Et ce n’est pas tout. Les forces politiques qui ont depuis trente ans transformé ensemble le Vieux Continent en grand marché indéfiniment élargi à de nouveaux pays proposent soudain une Europe « qui protège », « humaniste », « sociale ». Or si socialistes, libéraux et conservateurs s’affrontent lors des campagnes nationales, ils votent ensemble à l’occasion de la plupart des scrutins du Parlement européen. Et ils se partagent les postes de commissaire — dont six attribués aux sociaux-démocrates, chargés notamment de la fiscalité, de l’industrie, des affaires économiques et monétaires, de l’emploi, du commerce. La peur de l’affrontement et la dépolitisation des enjeux favorisent la reconduction indéfinie de ce bloc gouvernant qui va « d’un centre droit spongieux à un centre gauche ramolli, en passant par une coalition libérale cotonneuse ».

Un tel verrouillage de l’alternance garantira-t-il la place de Monsieur José Manuel Barroso à la tête de cet attelage au bilan plus que médiocre ? « Il a fait un excellent travail, je veux dire de façon très claire que nous le soutiendrons », a indiqué le premier ministre travailliste britannique Gordon Brown. Le socialiste espagnol José Luis Zapatero ne l’a aucunement contredit : « Je soutiens le président Barroso. » Il est vrai que MM. Brown et Zapatero ont le même programme, mais c’est celui du Parti socialiste européen (PSE). Auquel appartient aussi la dirigeante française Martine Aubry, qui, pour sa part, expliquait : « L’Europe que je veux, ce n’est pas une Europe dirigée par M. Barroso avec ses amis Sarkozy et Berlusconi. »

Aux électeurs de s’y retrouver entre des différences inexistantes entre camps politiques inexistants...

vendredi 1 mai 2009

Système, systémique et cause génétique...

Nouveau message sur la crise actuelle. Nouveau message sans prétention analytique cette fois ci contrairement à nos autres messages sur ce blog.

Uniquement des remarques, des conclusions ; désagréables bien évidemment mais optimistes pour l'avenir.

Quand on délaisse la production industrielle pour privilégier le commerce de l'argent, entraînant derrière soi d'autres investisseurs, le système ne peut que s'emballer avant de s'effondrer.

Derrière ce que l'on appelle pudiquement le système, l'Homme, et lui seul est en cause. L'Homme et son appétence au gain et au goût du jeu, qui peuvent l'amener à d'avantage de pouvoir, de domination, de séduction et de bien-être. L'objectif, en somme, de tout être humain.

C'est en cela que la crise n'a rien de systémique, elle est génétique et cette cause génétique doit certainement remonter à la nuit des temps.

Durant mes études, il y a plusieurs années notre prof d'économie avait entrepris de nous entretenir au sujet de la systémique et plus particulièrement de la systémique économique. Car le système est global. Ici, nous le mesurons pleinement avec la plus grave crise économique depuis un siècle. Plus d'un siècle car cette crise est pire que celle de 1929 - référent incontournable dans l'imaginaire des médias et des économistes qui n'ont rien vu venir ou feint de ne rien avoir vu venir -. Pire, car l'enchevêtrement des échanges et des imbrications des économies dans un seul et même système, car le capitalisme étant devenu radical après qu'il est été laissé sans réelle surveillance entre les mains de fanatiques inconséquents et cupides, à priori au dessus de tout soupçon, aggravent la déchéance.

Dès lors que l'argent devient une marchandise rapportant plus que la production de biens et services, ceux qui détiennent les capitaux abandonnent les investissements industriels pas très sûrs, pour miser sur l'argent à l'échelle internationale et avec un résultat bien plus certain, grâce aux produits de couverture destinés à limiter la casse.

Ouvert 24/24 heures, ce casino ne nécessite en aucun cas une information performante. La machine à sous communique t-elle ses impressions, ses pronostics ou parfois ses trucages avant de s'arrêter sur un numéro ?

On appelle cela l'industrie financière. Les Etats-Unis avaient initié le modèle à Las Végas.

Au jeu de l'argent marchandise, quand tous les joueurs gagnent, ils entraînent dans leurs sillages d'autres joueurs. L'économie perd alors ses repères. Le système peut s'effondrer.

Système irrationnel et fascinant : un investisseur place son argent dans le pétrole et le lendemain dans le soja. L'investisseur n'est ni pétrolier et pour le soja, il réagit au seul gré des variations des cours...

En deux ou trois allers-retour, il peut gagner dans la journée, souvent devant un simple écran informatique, l'équivalent d'une semaine de travail d'un chef d'entreprise écrasé par le stress, les responsabilités, consacrant à sa tâche 12 à 15 heures par jour, le portrait de sa femme et de ses enfants sur son bureau ou dans son portefeuille pour tenir.

La flambée des prix des matières premières il y a un an - déjà longuement évoquée sur ce blog -ne s'explique pas autrement.

Pendant ce temps, le consommateur perd de son pouvoir d'achat mois après mois. Il le sait parce qu'il passe à la pompe à essence, paye sa facture de gaz, achète du pain pour manger, des pâtes et du riz, de plus en plus de pâtes et de riz...

Excédé, il arrive, avec d'autres, à la sous-préfecture où il apprend la fermeture de son usine, casse tout le mobilier, envoie par la fenêtre tous les ordinateurs. Il passe en prime time au JT de 20h00. Des émules les suivent le lendemain ailleurs en France, quelque part dans le village planétaire. Ils séquestrent les cadres locaux de la filiale d'une autre compagnie internationale. La pandémie de la révolte se déploie...

Et si on changeait tout ? Et si on changeait tout, tout en gardant les caractéristiques les plus vertueuses du système capitaliste. Beaucoup font ce rêve.

Nous nous réveillerons un jour et nous verrons que tout cela aura été possible.

A suivre....

Xavier ALGRET

samedi 25 avril 2009

Deux nièces et ma fille issues de bonnes familles mais, toutefois amatrices de Rock me demandent assidument, suite à mon message sur Indochine,

un message équivalent à propos de Franz Ferdinand et Metallica. Toute comparaison est mauvaise comme le dit l'adage et on ne peut comparer une serviette avec un gant. L'un et l'autre sont différents.

Ce message emprunte dans son style le langage rock déjà repris, sur ce blog, dans le message au sujet d'Indochine. Les lecteurs habituels de nos commentaires sur la vie politique, économique et sociale pourront en être surpris.
Franz Ferdinand avait annoncé la couleur de Tonight sur le dernier morceau de leur deuxième album. L'entraînant Outsiders, avec sa basse quasi disco et son groove sautillant, amorçait un virage funky à venir. Effectivement. Près de quatre ans après, en dépit du changement programmé, on retrouve Alex Kapranos et ses compagnons exactement où on les attendait.

De Ulysses, le nouveau single, au hit en puissance No you girls, le quartette écossais suit à la lettre l'évolution de Roxy Music, des Talking Heads et d'Orange Juice, les trois groupes impeccables dont ils assument l'héritage. Tout ici, comme à leur habitude, est parfaitement maîtrisé : des refrains pop entêtants à leurs typiques ruptures de rythme sans heurts jusqu'aux nombreux emprunts ou clins d'oeil volontaires à la musique dance (le riff du Higher Ground, de Stevie Wonder, « africanisé » sur Send him away, la pulsation de Last night a DJ saved my life sur What she came for ou ces gimmicks de synthé à la Funkytown - connaissez-vous funkytown, chères nièces - qui surgissent çà et là).
Et c'est peut-être le seul reproche qu'on pourra faire à cet album aussi calibré et ajusté que les costumes ou prestations scéniques du groupe : on aimerait qu'il se lâche parfois, qu'il sorte de ses rails, comme, enfin, sur le long et imprévisible Lucid Dreams, qui se joue des conventions et des cadres que s'imposent nos chers Franz Ferdinand.
Autrement, ils ressemblent sympathiquement et agréablement de plus en plus au pendant aimable et actuel de la froide machine à tubes eighties qu'était le sous-estimé Duran Duran.



Metallica, c'est autre chose. Franz Ferdinand est un groupe récent ayant produit trois albums depuis quatre ans lorsque Metallica, après trente ans de carrière, voit venir l'heure de méditer comme U2, The Who et les Rolling Stones sur la question : pour combien de temps ?

A l'évidence, les petits "mecs" de Metallica ne sont plus ces gosses éméchés qui enregistraient dans les années 80 de véritables brûlots incendiaires. Tous sont devenus entretemps très riches. Le chanteur-guitariste James Hetfield et le batteur Lars Ulrich, quarante cinq et quarante quatre ans sont chacun père de trois enfants, alors que leurs deux comparses Kirk Hammet et Robert Trujillo en ont chacun deux. Ces rock-stars vivent aujourd'hui chacune séparées les uns des autres. Pour exemple Lars Ulrich, le danois, a résidé à Copenhague lors de la dernière tournée européenne d'où il rejoignait en jet privé le lieu des concerts en compagnie de ses enfants et de sa compagne.

On pouvait penser qu'au moment même où ils avaient (enfin) trouvé un certain équilibre dans leurs vies personnelles et conclu une trêve entre eux que ce serait difficile de s'y remettre.

Ils reviennent pourtant avec l'un de leurs albums les plus intenses, les plus complexes et les plus ambitieux de leur parcours. Death Magnetic, le dernier album : des salves de couplets aussi heurtés qu'abstraits, emplis de terreur primaire à propos de la mort et plus inquiétant au sujet du suicide (aï aï !). Sur ce dernier point, nul doute que James Hetfield se pose la question du suicide de Layne Staley, le chanteur d'Alice in chains, un "martyr" du rock'n'roll attiré par la mort... Pourquoi de grands talents sont-ils attirés par la mort ? Pourquoi d'autres ne veulent pas en entendre parler ? Ce sont des questions auxquelles tentent de répondre indirectement nos quatre musiciens qui décidemment n'en ont pas fini des sujets métallo d'une des franges du Rock les plus extrêmes, transgressives, noires et maudites. Un message d'espoir toutefois ; l'album a failli s'intituler : Death and forgiveness soit Mort et pardon...
Une chose est sûre : Metallica n'est pas encore mort. Ils joueront tant qu'ils en auront la force...
A ne pas mettre entre toutes les oreilles des plus petits de vos enfants cependant, surtout s'ils sont anglophones...

vendredi 17 avril 2009

Considérations sans parti pris politique et... interrogations...

Le but de ce message est de souligner le malaise face à cette déferlante de commentaires désobligeants à propos du résultat du vote des députés sur la loi Hadopi : 15 voix pour, 21 voix contre.

Nous ne livrerons donc pas ici nos opinions sur ce sujet mais, nous considérerons le malaise exprimé par les français à travers les différents médias. Le résultat du vote a attiré l'attention une fois de plus sur les élus.

Coup de théâtre, manœuvre, défaite de la majorité, victoire de l'opposition, claque pour le président de la République…. Tous ces jugements peuvent sembler dérisoires, si on rapporte
« l'évènement » au nombre ridicule de députés qui ont participé au vote : 36, soit 6,2% de la « représentation nationale » !

Alors que ce thème du piratage, du vol organisé sur Internet passionne l'opinion publique, qu'il mobilise les débats dans les médias et sur le Web… 541 députés ont préféré vaquer à d'autres occupations, probablement plus importantes à leurs yeux.

Où étaient donc jeudi ces 541 députés ? La réponse à cette question serait instructive et ferait certainement apparaître le peu de considération qu'ont les parlementaires eux-mêmes pour les tâches essentielles de leur fonction.
L'institution parlementaire s'accommode de sa propre faiblesse.

Le même spectacle avait été donné par l'Assemblée nationale, le 14 janvier dernier, lorsque le débat sur l'intervention israélienne à Gaza s'était déroulé en présence d'une quarantaine de députés seulement.
Le monde entier s'inquiétait de ces affrontements sanglants, que toutes les télévisions nous montraient presqu'en permanence ; des manifestations se déroulaient partout, y compris en France ; l'ONU et les grandes puissances s'efforçaient de trouver une issue à ce terrible conflit qui embrasait le Proche-Orient ; on s'inquiétait de la montée des passions et des risques de « contagion » dans notre pays… et voici que 500 députés au moins avaient considéré qu'ils avaient plus urgent et plus important à faire que d'être présents à ce débat.

Il faut des « incitations et des sanctions financières », a encore proposé Roger Karoutchi, secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement. Problèmes : les dits députés y sont défavorables, et surtout ces sanctions financières existent déjà !
Après chaque vote médiatique en présence d'une poignée de députés seulement, le débat ressurgit. Faut-il sanctionner, notamment financièrement, les députés absents de l'Assemblée nationale ? C'est le cas aujourd'hui, après le rejet du projet de loi Hadopi ; c'était déjà le cas en septembre 2007 lors du vote du projet de loi sur l'Immigration.

Cet état de fait, qui nuit à la crédibilité du Parlement, est la preuve évidente que l'institution parlementaire elle-même a reconnu sa propre faiblesse et qu'elle s'en accommode. Depuis des années, tous les observateurs de la vie politique analysent que le Parlement resterait une chambre d'enregistrement -quelles que soient les mini réformes engagées- tant que les parlementaires eux-mêmes n'auront pas une conception plus exigeante de leur fonction, en y consacrant plus de temps et en utilisant totalement les prérogatives, même mineures, qui sont les leurs.

Pour beaucoup, la seule voie efficace est celle du « mandat unique ».
Chacun le sait, la cause principale de l'affaiblissement du Parlement est le cumul des mandats. Cette « particularité » française s'est accentuée sous la Ve République : en 1936, environ 33% des députés exerçaient un mandat local ; sous la IVe République, ce chiffre est monté à 40% ; il a dépassé aujourd'hui 90% !

Malgré quelques modestes limitations apportées aux plus gros cumuls depuis une vingtaine d'années, la situation actuelle demeure difficilement défendable dans une démocratie digne de ce nom.

Dommage que trop d'intérêts communs aux députés et aux sénateurs, de droite comme de gauche, empêchent que ce vrai débat ait lieu. Beaucoup pensent que si l'on veut vraiment (pas seulement dans les discours et les motions de congrès) revaloriser le travail et la fonction des parlementaires, si l'on veut donner plus de poids au Parlement, la seule voie efficace est celle du « mandat unique », rendant impossible le cumul entre mandat national et mandat local. La réflexion mériterait au moins d'être menée sérieusement.

On attend avec impatience que les médias, à défaut des partis politiques, se saisissent sérieusement de cette question, essentielle pour redonner plus de poids au Parlement, afin qu'il soit à la fois « la voix de la France » et cet outil, irremplaçable dans une vraie démocratie, de contrôle de l'exécutif et de ses risques de dérive.

samedi 4 avril 2009

Un texte magnifique qui secoue les consciences

Le 8 février 2009, était publié dans le journal Le Monde, un article de Harald WELZER, psychosociologue allemand, traduit par Nicolas WEILL.

Il me fût envoyé par un ami. Nous avions retenu sur ce blog, la règle de ne jamais faire de copier-coller. Ce texte m'ayant séduit dès l'origine, je fais exception et vous le donne à lire tant la lucidité et la clairvoyance le caractérise dans le cadre de cette agression de nos consciences endormies par les différents opiums contemporains.
La récente réunion du G20 m'y a encouragé car il nous renvoie aussi à ce que Harald WELZER qualifie de "sempiternels sommets" qui "continuent de donner l'apparence que la crise est gérée".
Un G20 au cours duquel l'agrégation d'authentiques bonnes volontés s'inscrit comme souvent dans un désordre politique dont l'irresponsabilité n'est pas le moindre des maux. C'est du moins ma propre opinion sans avoir à juger quiconque sinon à constater une dégradation systémique.

J'ai envoyé ce texte à une bonne dizaine d'amis et connaissances. Je remarque que la majorité d'entre eux n'a pas réagi. L'un d'entre eux, cadre dans l'administration, m'a même laissé entendre de manière assez crue que les problèmes de la Bourse ne l'interessaient pas - on comprendra "pourquoi" par une lecture fine de ce texte qui analyse ce type de "posture" -.
J'ai également présenté cette approche, inspirée de ce texte, dans deux conversations laissant chaque fois les personnes perplexes ou indifférentes. L'une de ces conversations eut lieu en voiture ; ce qui fût pour moi une allégorie d'une fuite en avant inculte et grégaire, quant à l'état d'esprit des français en général. J'y ai mesuré et vérifié que les JT de 20h00, les reportages de la télévision orientés, selon moi, par tel ou tel groupe politique ou tel ou tel groupe de pression dit "lobby", leur semblaient plus fiables qu'aucun autre organe d'information et de communication.
Ces événements m'ont renforcé dans ces convictions que sont donc celles de Harald WELZER.
Voici ce texte magnifique et extraordinaire doué d'une grande Raison. Voici ce texte, témoin d'une époque qui est la nôtre. Il est à lire attentivement car il nous appelle à réflexion.
Xavier ALGRET


Crise : le choc est à venir, par Harald WELZER

Peu de temps avant la banqueroute de Lehman Brothers, Josef Ackermann, le président de la Deutsche Bank, avait laissé courir le bruit que le pire était passé. Dans les semaines fiévreuses qui se sont succédé depuis, les politiques et les spécialistes se sont surpassés dans la recherche de moyens destinés à doper la consommation, comme si le capitalisme était en mouvement perpétuel et qu'il suffisait de relancer son cycle de création continue.

L'idée que, cette fois, il s'agit peut-être de plus que d'une "crise", n'est apparemment venue à personne. La vie suit son cours : on emprunte, on donne un tour de vis fiscal, et on espère, avec tout ça, passer le cap au plus vite. Le manque de la plus élémentaire clairvoyance de la mesure et des conséquences de la débâcle financière indique pourtant bien que ce qui est arrivé n'a pas été anticipé. Des faillites bancaires massives, des groupes d'assurances entamés, des Etats eux aussi au bord de la ruine ? Et les milliards requis pour tout ça, que sont-ils, sinon de l'argent virtuel injecté dans un système lui-même au bord de l'implosion, à cause, justement, de la nature virtuelle de ses échanges ?

Bien que la catastrophe économique déploie implacablement son cours à une allure défiant toute concurrence, frappant une branche après l'autre, le bricolage, le raboutage et le rembourrage, et les sempiternels sommets continuent à donner l'apparence que la crise est gérée. Les réactions des gens sont graves, mais pas paniquées. En dépit du lot quotidien de nouvelles horrifiques en provenance de la Global Economy, citoyennes et citoyens ne sont que modérément agités.

Notons d'abord qu'un événement, considéré comme historique par la postérité, est rarement perçu comme tel en temps réel. Rétrospectivement on s'étonne qu'un Kafka, le jour où l'Allemagne déclara la guerre à la Russie, ait seulement consigné dans son journal de façon lapidaire : "l'Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. - Après-midi : cours de natation". Les ondes de choc, qui parcourent nos sociétés modernes et complexes, partent d'un point d'impact catastrophique initial qui n'atteint les fonctions essentielles qu'à retardement. Il est donc plutôt exceptionnel qu'un bouleversement social soit reconnu pour ce qu'il est par ses contemporains. C'est aux historiens qu'il appartient d'en constater la réalité. Les écologistes déplorent parfois que les gens ne parviennent pas à intégrer l'idée que leur environnement se modifie.

Une étude menée sur plusieurs générations de professionnels de la pêche, en Californie, a montré que c'étaient les plus jeunes qui avaient le moins conscience du problème de la surpêche et de la disparition des espèces. De telles modifications de perception et de valeurs, analogues aux transformations environnementales, on les rencontre aussi dans la sphère sociale : que l'on pense au renversement complet des valeurs dans la société allemande à l'époque hitlérienne.

Dans cette société, les composantes non juives auraient, en 1933, trouvé complètement impensable que, quelques années plus tard seulement, et avec leur participation active, leurs concitoyens juifs se verraient non seulement spoliés, mais seraient embarqués dans des trains pour être mis à mort. Ce sont pourtant les mêmes qui regarderont, à partir de 1941, les convois de déportés partir vers l'Est, tandis qu'une partie non négligeable d'entre eux rachèteront les installations de cuisine, le mobilier et les oeuvres d'art "aryanisés" ; que certains prendront la gestion d'affaires "juives" ou habiteront des maisons dont leurs propriétaires juifs auront été expulsés. En trouvant cela tout naturel.

Que les changements de cadre de vie ainsi que de normes consensuelles se remarquent à peine, tient aussi à ce que les métamorphoses perceptibles ne concernent qu'une part souvent infime de la réalité vécue. On sous-estime de façon chronique combien le train-train quotidien, les habitudes, le maintien d'institutions, de médias, la continuité de l'approvisionnement entretiennent la croyance qu'en fait rien ne peut arriver : les bus fonctionnent, les avions décollent, les voitures restent coincées dans les embouteillages du week-end, les entreprises décorent leurs bureaux pour Noël. Autant de preuves de normalité qui viennent étayer la conviction bien enracinée que tout continue comme au bon vieux temps.

Au moment où l'histoire se produit, les hommes vivent le présent. Les catastrophes sociales, à la différence des cyclones et des tremblements de terre, ne surviennent pas sans crier gare mais, pour ce qui est de leur perception, représentent un processus quasi insensible, qui ne peut être condensé en un concept comme celui d'"effondrement" ou de "rupture de civilisation", qu'à posteriori.

C'est bien connu : le savoir croît en même temps que l'ignorance ; mais jusqu'à présent nous avons, avec Karl Popper, donné à cette maxime un sens plutôt optimiste en l'interprétant comme une exigence de stabilité pour les sociétés de savoir. Or les crises qui sont en train de s'accumuler - le climat et l'environnement, l'énergie, les ressources et les finances - manifestent à l'évidence que nous devons nous battre sur de nombreux fronts dans une ignorance abyssale des conséquences de nos actes.

La déconfiture de l'expertise, où qu'elle s'applique, ne marque-t-elle pas que nous nous trouvons déjà à un "tipping point" point de basculement systémique, à partir duquel des tendances ne peuvent plus être corrigées ? La dernière en date nous fait remonter deux décennies en arrière : l'éclatement général que personne n'avait prévu de tout un hémisphère politique avec des effets de fond sur les configurations des Etats. Alors la marche triomphale de l'Occident paraissait scellée ; on proclama précipitamment la fin de l'histoire, mais entre-temps, la suite semble avoir montré que, dans cinquante ans, les historiens pourraient bien dater de 1989 le commencement du recul des démocraties. Ils pourraient bien diagnostiquer que l'actuelle crise financière mondiale seulement n'avait été que la nouvelle étape d'un déclin entamé depuis longtemps.

On peut, sans risque, qualifier dorénavant de changement accéléré le fait de passer en un instant d'une époque à une autre, dès lors qu'un ultralibéralisme débridé succède à un interventionnisme étatique qui met sens dessus dessous toutes les certitudes jusque-là acquises, non seulement en matière d'économie et de finance, mais aussi dans la politique du climat. Pourtant, personne n'envisage sérieusement la possibilité d'un échec total et, à cet égard, les crises financière, énergétique et climatique révèlent des affinités. On tient pour impossible un effondrement complet du système financier et économique et on se représente encore moins que la pénurie d'énergies fossiles atteigne un niveau tel, d'ici quelques années, que même dans les pays les plus riches, les plus bas revenus ne pourront plus se chauffer.

Qu'est-ce que signifie la connaissance du présent ? Les émissions de gaz à effet de serre vont s'accroître du fait de l'industrialisation globalisée, au point que la fameuse limite des deux degrés au-delà desquels les conséquences des changements climatiques deviennent incontrôlables ne sera pas tenable. En même temps, les spécialistes du climat ne nous donnent que sept ans pour changer de cap. La concurrence qui s'accroît de plus en vite autour des ressources pourrait bien dégénérer en affrontements violents pour départager vainqueurs et vaincus.

Et il n'y a aucun moyen de savoir dans quel groupe se situera l'Europe. Désormais, c'est l'avenir des générations futures que l'on va obérer, notamment par l'envol de la dette publique et la surexploitation des matières premières. Cette colonisation de l'avenir se paiera, car le sentiment d'inégalité entre générations est l'un des plus puissants catalyseurs de mutations sociales radicales. Des mutations qui ne doivent pas s'entendre en un sens positif, comme le projet de renouvellement générationnel du national-socialisme l'a montré.

Une masse débordante de problèmes dans un contexte où le manque de solutions possibles est criant conduit à ce que la psychologie sociale définit comme une "dissonance cognitive". Ou, pour le dire à la manière de Groucho Marx : pourquoi prendrais-je soin de la postérité ? Est-ce que la postérité s'est préoccupée de moi ? Certes, un objectif tel que l'égalité entre générations remet en question les calculs de croissance à courte vue aussi bien que l'idée que le bonheur s'obtient par une mobilité ininterrompue et par l'éclairage 24 heures sur 24 de la planète entière.

C'est justement en temps de crise qu'on voit ce qui se passe, fatalement, quand une entité politique commune ne procède d'aucune idée de ce qu'elle veut vraiment être. Des sociétés qui se contentent de satisfaire leur besoin de sens par la consommation n'ont, au moment où, alors qu'elles se sont coupées de la possibilité d'acquérir une identité du sens et un sentiment de ce qu'est le bonheur quand l'économie fonctionnait encore, plus de filet pour retarder leur chute. Cela tombe au moment où les experts n'ont aucun plan à proposer. Peut-être leur vol à l'aveuglette est-il le signe d'une renaissance. Celle du politique.

Traduit de l'allemand par Nicolas Weill

© Harald Welzer

vendredi 27 mars 2009

Le dernier album d'INDOCHINE sera certainement l'un des grands moments musical de l'année pop


Inutile de fanfaronner ou au contraire d'en faire des tonnes dans le registre de la sensiblerie : disons simplement que pour beaucoup il a été difficile d'écouter de la musique après le départ d'Alain BASHUNG... On a de plus appris que cette rock star, ce poète de l'introversion, ce... ne s'est à aucun moment plaint de sa maladie depuis qu'il savait et souffrait physiquement. Les témoignages sont unanimes : il souffrait sans en dire mots.
Sa famille a demandé des funérailles religieuses. Il y a du Sens là dedans.

Sur un trajet de plus de trois heures de voiture, j'ai écouté "La République des Météors".

Le disque a vite tourné en boucle... Je n'ai vu passer ni les kilomètres ni le temps. Je l'ai immédiatement offert à mon épouse, Anne-Elisabeth. S'il y a des lettres d'amour, il y a des chansons d'amour. Et celles-ci sont belles, magnifiques, émouvantes, sensibles, intelligentes.

Ce nouvel album parle de mort, de guerre, d'absence. La musique aborde les thèmes de la rupture, de la séparation, ce sentiment d'addiction, de vide que l'on ressent devant l'absence de la personne aimée. Nicola (sans "s") SIRKIS les a projettés sur de jeunes soldats de la guerre de 14 qui partaient au front, en laissant derrière eux fiancés, femmes et enfants. C'est pour ce chanteur l'illustration tragique du fait que nous ne sommes pas toujours maître de nos destins.
Par exemple entre autres exemples, Nicola SIRKIS est tombé, dans ses recherches documentaires sur cette période, sur les lettres bouleversantes d'un poilu mort en 1917 à vingt-deux ans. Dans l'une d'entre elles, il écrit à son fils en lui disant qu'il ne reviendra pas et que c'est lui qui deviendra le chef de famille. Sur ce titre d'une inspiration dramatique, "La lettre de métal", le chanteur ne peut cacher une émotion indicible dans le cadre d'un échange qui nous place, témoins du dialogue père-fils, entre Ciel et Terre. On y perçoit aussi l'espoir que la mort n'est pas la fin de la vie mais une transformation de la vie. "Le lac", chanson qui devient déjà tube, confirme cette tendance par l'évocation répétitive du paradis.
Ce disque est une allusion au fait que tout passe très vite, les êtres humains, humbles ou célèbres, les guerres, les événements heureux. Tout cela vient, selon Nicola SIRKIS, de nulle part et on ne s'y attend pas et puis tout disparait, tout retourne à la poussière.

C'est la raison pour laquelle figurent des personnages historiques sur cette pochette - qui nous rappelle l'ère de la pochette vinyle - : Mao, Staline, Sartre, Beauvoir, Sarah Bernardt, Apollinaire, Rimbaud, Stravinsky, Salinger, Lewis Caroll, Pierre et Marie Curie, Freud...

Contrairement à tout ce que l'on a pu penser, Nicola SIRKIS, ex-pionner de la new-wave française dans les années 80, n'a pas la mentalité d'un "adulescent". Chez ce cinquantenaire au visage juvénile, point de nostalgie comme tous ces gens qui s'achètent des bonbons Haribos en regardant Casimir à la télé. L'adolescence l'interesse uniquement comme thème artistique.

Mais, et c'est là qu'il voit juste : nous sommes aussi ce que nous avons été à ces âges là et, qui a défini, avec ses qualités et ses défauts, notre personnalité, pâte à modeler certes et toujours perfectible.

Leur précédent album de 2005 Alice and June n'avait peut-être pas été un succès tel que le groupe en avait jadis connu. Cependant, ceux que l'on présentaient injustement dans les années 90 comme "sinistre ringardise échappée des années 80" ne s'est donc pas contenté d'un come-back à succès éphémère en 2002 avec l'album Paradize et son titre tube "J'ai demandé à la lune".
Avec La République des Météors, Indochine est toujours présent sur la scène du rock français ultra poétique. Ceci, à un niveau de maturité jamais atteint par ce fameux "Son Indochine" toujours inimitable. Ceci malgré les nombreuses recompositions de ce groupe et la mort en 99 de l'un de ses leaders historiques Stéphane, frère de Nicola SIRKIS.

dimanche 15 mars 2009

On a perdu quelqu'un...

Le "hasard" a voulu que nous regardions hier au soir : "J'ai toujours rêvé d'être un gangster"...
Alain BASHUNG... Relire nos commentaires sur ce blog sur son dernier album Bleu Pétrole...


Alain BASCHUNG a été l'une de mes bandes son sur le fil de ma vie, suite à mon premier retour d'Afrique en 1980. Une bande son originale car je n'achetais pas ses disques. Je l'entendais à la radio et cela suffisait. L'arrivée libre des radios libres au début des années 80 le rendait très présent sur les ondes. J'avais donc quinze ans alors que son tardif succès commencait.

J'achetais mon premier disque il y a onze ans car Fantaisie militaire couronne selon moi des années de recherche dans la continuité d'une oeuvre qui perpétue le rock français sans esclandre particulier et dans un calme apparent. Fantaisie Militaire, c'est un multirama sensoriel, inépuisable de magie et bizarrerie, une inépuisable expédition vers les tourments de l'âme. Le disque envoûtant par excellence. Lors de ma première audition de cet album, je peux vous confier que je suis seul. J'écoute distraitement puis le disque tourne en boucle. J'appelle ma femme absente et lui fait part de cet univers opâque, difficile pour le profane. Je comprends que cet artiste est au sommet. Je me demande alors si je l'avais déjà écouté aussi attentivement. Depuis dix ans, je ratrappais le retard.

Xavier ALGRET

samedi 14 mars 2009

Qumrân

Le 12 février 2009 j'assistais avec Anne-Elisabeth, mon épouse, dans un Centre Culturel parisien, à une conférence d'André PAUL.

André PAUL est l'auteur d'une œuvre importante et originale sur le judaïsme ancien, sur l'histoire de la formation et de l'interprétation de la Bible. Son intérêt pour les rouleaux de la mer Morte a été constant. Deux de ses ouvrages entre autres le montrent : « Écrits de Qumrân et sectes juives aux premiers siècles de l'islam » (1969), « Les manuscrits de la mer Morte » (1997 et 2000). Aux éditions du Cerf, il dirige la publication de tous les manuscrits de Qumrân et des autres sites dits de la mer Morte, textes originaux avec traduction nouvelle.

Le thème de cette conférence était :

Des écrits de Qumrân au christianisme : un maillon manquant.

Avec l'aimable autorisation d'André PAUL, je restitue ici l'intégralité de cette conférence qui questionne notre entendement de la manière la plus spirituelle qui soit.

Elément interessant, en cette année paulinienne, André PAUL apporte en conclusion quelques considérations sur l'Oeuvre doctrinal de Paul.

À un kilomètre environ des rives occidentales de la mer Morte, vers le nord, se trouve un site archéologique dont l’appellation moderne est Khirbet Qumrân ou simplement Qumrân. Depuis le XIXe siècle, explorateurs et voyageurs ont visité régulièrement les lieux. D’aucuns étaient convaincus qu’il y avait là les restes de la Gomorrhe biblique. Le site acquit une importance majeure, scientifique et médiatique, depuis les fameuses découvertes dites de la mer Morte, entre 1947 er 1956. Onze grottes plus ou moins proches livrèrent les restes d’environ neuf cents rouleaux antiques, tous d’origine judaïque. Grâce surtout à la paléographie, avec l’appoint de la méthode du carbone 14 ou radioactif, on date ces documents du IIe ou IIIe siècle av. J.-C. au Ier de l’ère courante. Voilà la plus grande découverte archéologique du XXe siècle. Depuis la fin de 2001 seulement, les textes retrouvés sont entièrement disponibles, dans leurs langues originales du moins, l’hébreu, l’araméen et même le grec. Une lecture globale et transversale est donc possible. Elle est en passe de révolutionner la connaissance et la compréhension de la société juive à la veille de ses irréversibles ruptures, la fin de l’exercice du Temple et la naissance du christianisme ; à la veille également de sa grande mutation, avec la recomposition du judaïsme comme rabbinique, sur la base de la seule Torah. D’entrée de jeu, les savants avaient fait le lien entre les manuscrits découverts et les occupants du site de Qumrân, assimilant longtemps ces derniers aux Esséniens. La connaissance de l’ensemble des textes d’une part, les fruits de nouvelles missions archéologiques de l’autre, déterminent de plus en plus l’évolution voire la modification de cette façon de voir.

Naissance hâtive de la thèse essénienne de l’origine des manuscrits


En 1948, on était en possession de sept rouleaux plus ou moins bien conservés, six en hébreu et le septième en araméen. On saura plus tard qu’ils venaient d’une première de onze grottes que l’on dit « grottes à manuscrits ». Il s’y trouvait entre autres un texte étonnant que l’on intitula d’abord Manuel de discipline, à l’instar des catéchismes méthodistes, puis une fois pour toutes Règle de la communauté. C’était une sorte de règle monastique avant l’heure, à savoir la codification stricte d’une vie communautaire sanctifiée, avec entre autres : les phases de probation et d’initiation, les rites de purification avec bains rituels, la lecture assidue et qualifiée de la Loi, les moments de prière et de repas collectifs. Le professeur Sukenik, de l’Université hébraïque de Jérusalem, data spontanément du Ier siècle av. J.-C. ce premier lot d’écrits, qu’il relia très vite à la « secte » des Esséniens. Au tournant de l’ère, ces derniers auraient constitué un ensemble de fraternités d’ascètes dont Pline l’Ancien décrit l’implantation et le mode de vie à l’ouest de la mer Morte, dans son Histoire naturelle de 77. La théorie essénienne de l’origine des manuscrits était née.
En 1951, le Dominicain R. de Vaux, Directeur de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem, établit la relation entre le contenu non littéraire, céramiques et tissus, de la grotte d’où émanaient les rouleaux, et les ruines de Qumrân qu’il venait d’explorer. La thèse essénienne fut ainsi reprise, élargie et confortés. Nul ne soupçonnait alors que dix autres cachettes seraient découvertes par la suite. De Vaux ajoutait donc une troisième donnée à celle de Sukenik, le site de Qumrân. Et dès lors, on rechercha un maximum de correspondances entre (1) les témoignages des auteurs antiques sur les Esséniens, (2) les textes découverts dans ladite grotte et (3) le site archéologique. Aussi, parlera-t-on désormais des « grottes de Qumrân » et des « textes ou manuscrits de Qumrân ». Les ruines furent considérées comme les vestiges d’un établissement communautaire, un « monastère » disait-on. Et l’on fut porté à explorer et décrire les lieux en fonction des informations contenues dans les textes, la Règle de la communauté principalement. Ce schéma triangulaire s’imposa vite à la majorité des chercheurs ; il fut largement vulgarisé. Un autre savant français y fut pour beaucoup : André Dupont-Sommer. Ce dernier ajouta aux sources anciennes sur les Esséniens les longues notices de Philon d’Alexandrie et de Flavius Josèphe. Désormais, tout ce qui avait été découvert et tout ce que l’on découvrirait, serait naturellement « essénien ». Les voix divergentes demeuraient minoritaires et marginales. Et l’on parlera sans discernement de la « bibliothèque essénienne » ou de la « bibliothèque sectaire ». On renoua avec des idées anciennes, du siècle des Lumières puis réaffirmées par Renan : elles faisaient du mouvement essénien le prototype du christianisme (« un essénisme qui a réussi » disait Renan). On avait élaboré ladite thèse à partir d’une brassée de manuscrits. Les premiers écrits déchiffrés eussent-ils été d’autres parmi les restes des neuf cents à venir, nul doute que l’on se serait engagé sur des voies différentes.

De riches découvertes qui n‘excluent pas des pertes


Les premiers rouleaux furent découverts fortuitement par des bédouins du Désert de Juda. Ils apparurent à Bethléem dans le courant de l’hiver de 1947. Dès 1948, le professeur Sukénik en Palestine et l’éminent épigraphiste Albright aux Etats-Unis, chacun de son côté, les identifièrent comme d’authentiques manuscrits hébraïques du Ier siècle av. J.-C. Après l’armistice de 1949 entre Israéliens et Arabes, plusieurs campagnes d’explorations et de fouilles furent menées, jusqu’en 1956 ; c’était sous l’égide des Jordaniens (car on se trouvait en Jordanie). Ce fut la course entre savants et bédouins, au net avantage de ces derniers. Les missions successives s’achèveront par la découverte de la dernière grotte à manuscrits, la onzième (on les numérote selon l’ordre chronologique de leur découverte : 1Qumrân ou 1Q, 2Qumrân ou 2Q, etc.). Cinq de ces grottes sont naturelles, dont quatre éloignées du site de Qumrân : les nos 1 et 2 à un bon kilomètre, au nord ; les nos 3 et 11, à quelque deux mille mètres sur le même axe ; il s ‘y ajoute la n° 6, bien plus proche des ruines, à l’ouest de celles-ci. Les six autres, nos 4, 5 et 7 à 10, proches voire très proches des ruines, ont été creusées de main d’homme dans la roche marneuse. L’une de ces six se distingue des autres, la n° 4, découverte en 1952 par les bédouins. Elle est double et de loin la plus vaste. Elle a bien résisté au temps, ce qui n’est pas le cas des autres environnantes, certaines totalement écroulées. On n’y a retrouvé que des fragments, mais en très grande quantité : une quinzaine de milliers au moins. À elle seule, elle contenait les restes de presque six cents rouleaux, soit environ les cinq huitièmes des documents découverts.
Parmi les écrits récupérés, il y a de vrais rouleaux, certains en bon état, neuf en tout, dont sept de la grotte n° 1. Voici : deux manuscrits du livre d’Isaïe, dont un pratiquement complet dit le Grand Rouleau d’Isaïe ; la Règle de la communauté, la Règle de la guerre des fils de lumière et des fils de ténèbres, les Hymnes d’action de grâce, le Commentaire d’Habacuc, l’Apocryphe de la Genèse ou Histoires des Patriarches ; les deux autres viennent de la grotte n° 11 : l’excellent Rouleau du Temple (récupéré par l’armée israélienne en 1967), le plus long de tous, avec soixante-sept colonnes ; et un précieux Rouleau de Psaumes. Matériellement, cet ensemble représente plus des deux tiers du matériau exhumé. Ajoutons le curieux Rouleau de cuivre, recueilli dans la grotte n° 3 : il est unique, avec une liste certainement symbolique des pièces d’un trésor immense cachées en des lieux répertoriés. Le restant n’est que fragments : d’aucuns conservent plusieurs colonnes de texte, d’autres quelques lettres seulement. Dans la grotte n° 1 et probablement en d‘autres, les rouleaux se trouvaient enveloppés d’une toile de lin ; par deux ou trois, ils étaient placés dans des jarres que l’on crut longtemps destinées à ce seul usage. Nul doute qu’il n’y eut à l’origine bien plus d’écrits. Au cours des siècles, nombre d’entre eux durent être détruits par des facteurs physiques ; d’autres ont pu tomber sous la main des hommes. Au début du IIIe siècle, Origène attestait la découverte d’une version des Psaumes inconnue jusqu’alors, « à Jéricho, dans une jarre ». Au IXe siècle, on était informé de découvertes plus frappantes encore. Vers l’an 800, le patriarche nestorien de Bagdad Timothée Ier nous apprend que, toujours aux environs de Jéricho (à seulement une dizaine de kilomètres au nord de Qumrân), un chasseur arabe à la poursuite d’un chien disparu dans un orifice rocheux, découvrit une cachette avec « les livres de l’Ancien Testament et d’autres livres en écriture hébraïque ». Plusieurs grottes distinctes des onze cataloguées, contenaient des vestiges de jarres et de tissus ; on y aurait sans doute déposé des rouleaux, aujourd’hui disparus.

La publication longue et tourmentée des rouleaux et fragments


La récupération des fragments ne fut pas facile. Au fur et à mesure de leur acquisition aux bédouins par le gouvernement jordanien, on les déposa dans une salle réservée, la scrollery (de l’anglais scroll, « rouleau »), au Musée archéologique de la Palestine, à Jérusalem Est (alors jordanien). Et l’on se mit à la publication. Les sept rouleaux de la grotte n° 1 furent très vite publiés, d’une façon brute et sans apprêt. Dans un premier temps, on se contenta de reproductions photographiques des documents, accompagnées de leur transcription. Puis afflua la masse des milliers de fragments, dans l’éclatement et le désordre, surtout ceux de la grotte n° 4. La tâche éditoriale était inédite et passionnante, complexe et périlleuse. Les écrits recueillis avaient subi les dommages du temps. Ils souffrirent aussi des manipulations ravageuses après leur découverte. En théorie, publier un document exigeait qu’on le restituât dans son état initial. La chose était souvent impossible, vu le nombre des avaries et l’importance des lacunes. Il n’y avait au début ni méthode ni règle. On dut nettoyer et déchiffrer les restes, rapprocher puis recoller les morceaux ; souvent reconstituer le texte. Il fallut du génie. On ne disposait que des yeux, de la brosse et si besoin de loupe ; la mémoire et le flair ou l’intuition. Très vite, on fit d’excellentes photos, aux infrarouges et aux ultraviolets. Malgré la modestie des moyens, les premières années connurent des résultats fulgurants, avec peu de gens et moins encore d’outils sinon d’argent. Vint une longue période de stagnation apparente, à la vérité bien plus productive qu’on ne l’a dit. Elle correspondit aux temps d’une maturation plus ou moins latente des données et des problèmes. Elle fut marquée, de plus, par la conjoncture politique et les conflits afférents qui embrasèrent la région. Deux dates demeurent ici comme des repères marquants : 1956, la guerre du Sinaï, qui provoqua le transfert provisoire des manuscrits à Amman ; les Jordaniens les ramenèrent à Jérusalem Est, puis ils les nationalisèrent ; 1967, la guerre des Six jours, avec la récupération des rouleaux par les Israéliens.
La publication des rouleaux et des fragments avait commencé en 1951, par les pièces de la grotte n° 1. Elle débuta vraiment en 1953, avec une équipe internationale constituée. Elle ne sera achevée qu’un demi-siècle plus tard. On peut distinguer trois étapes : 1) De 1953 à 1960, l’enthousiasme et le dynamisme furent constants et les résultats surprenants. En 1955, parut à Oxford le premier volume (il y en aura une quarantaine) de l’impressionnante série présentant l’editio princeps : Discoveries in the Judæan Desert. 2) De 1960 à 1985, vint l’heure de l’essoufflement et du ralentissement, accentués par l’attentisme préconisé par les chancelleries occidentales après la guerre des Six jours. Stockés à Jérusalem Est dans le Musée archéologique de la Palestine que la Jordanie venait juste de nationaliser, les textes dans leur quasi totalité étaient prise de guerre israélienne (à l’exception du Rouleau de cuivre et de quelques fragments, toujours à Amman). 3) De 1985 à 2001, ce fut le réveil et l’achèvement. L’équipe chargée de l’édition des textes s’élargit considérablement : de moins de dix membres dans les débuts, elle atteint cinquante puis à la fin quatre-vingt dix huit au total, avec une représentation féminine notable. Autre fait marquant, l’entrée en force de savants israéliens, hommes et femmes, hautement compétents.

L’inventaire de la bibliothèque et ses grandes leçons


Dans leur grande majorité, les rouleaux étaient de parchemin, une centaine seulement de papyrus. De treize à quinze pour cents des textes sont en araméen, la langue courante du pays depuis la conquête perse, fin VIe siècle av. J.-C. Le reste est en hébreu, la langue littéraire et cultuelle, déclarée « sainte ». Quelques fragments sont en grec. On considère l’ensemble comme très largement « littéraire », et non « documentaire ». Il ne s’y trouve en effet ni lettres, ni factures ni contrats. Il s’agit d’une bibliothèque, dont on ne saura sans doute jamais l’origine.
Le classement des rouleaux et des fragments autrement que par grottes ne va pas de soi. On peut d’abord mettre à part ceux que l’on considère comme « bibliques », autrement dit présents dans nos Bibles : entre vingt-trois et vingt-cinq pour cents, ce qui correspond à quelque deux cents rouleaux différents. À l’exception du livre d’Esther, et encore, car il a pu disparaître dans le temps, tous les livres du corpus judaïque des livres saints se trouvent attestés. Beaucoup sont représentés par plusieurs voire de nombreux exemplaires. Ainsi, vingt de la Genèse, dix-sept de l’Exode, quatorze du Lévitique, une trentaine du Deutéronome et des Psaumes. Le plus ancien (la copie) de ces témoins est un fragment de Samuel daté du milieu du IIIe siècle av. J.-C. La plupart sont plus récents, sans dépasser toutefois le milieu du Ier siècle de notre ère. Il est acquis qu’aucun texte chrétien n’y figurait. Les plus anciens manuscrits de la Biblia hebraica que l’on possédait auparavant datent du Xe siècle chrétien. Ajoutons que l’on a retrouvé l’original hébraïque de Ben Sira et les versions en hébreu et en araméen de Tobit. Ces deux livres sont absents du corpus judaïque, mais reçus comme canoniques dans les Bibles chrétiennes, du moins catholiques, par le canal de la version grecque des Septante.
Chacun des rouleaux dits bibliques baignait dans la masse littéraire que représentent les neuf cents rouleaux ; ceci, sous des formes textuelles variant selon les exemplaires ou si l’on veut les éditions respectives. Or, proches par l’écriture et le contenu, se profilent des œuvres considérées comme « borderline » ou « para-bibliques », deux autres centaines environ : on les dénomme aussi, par exemple, Apocryphe de (Josué, Jérémie, etc.) ou Pseudo- (Ézéchiel, Daniel, etc.). La pertinence de ces formules est aujourd’hui de plus en plus contestée, par des connaisseurs comptant parmi les plus reconnus. Et pour cause : jusqu’au moins la fin du Ier siècle de notre ère, il n’existait ni liste véritable ni constitution physique d’une quelconque collection de livres saints. Sur la terre nationale des Juifs, il ne circulait que des dénominations génériques au référent aussi mobile qu’incertain : « la Loi », « les Prophètes », ou encore « la Loi et les Prophètes ». Les notions de vrai ou de faux, d’authentique et d’inauthentique appliquées aux textes sacrés, n’avaient pas cours à l’époque. Plusieurs œuvres, plus ou moins semblables mais variant de l’une à l’autre par la forme et l’idéologie, pouvaient relever d’une même signature ; ce que Flavius Josèphe atteste encore tout à la fin du Ier siècle de notre ère, pour Ézéchiel, Daniel et peut-être Isaïe. Le processus qu’en milieu chrétien on dira plus tard « de canonisation », normalisera les choses en fonction de cette règle : à signature unique, œuvre unique ; ce ne sera plus : à signature unique, œuvre plurielle comme auparavant. Pour des raisons à la fois textuelles et littéraires, l’opposition entre un matériau « biblique » et un autre qui serait « non biblique », exige d’être revue.
On doit aller plus loin. À la veille de l’avènement du christianisme, il semblerait que, dans cette riche bibliothèque des bords de la mer Morte, l’éclatement des œuvres fût la règle. La vaste fresque dite historique que proposent nos Bibles, celle qui suppose le regroupement ordonné de nombreux livres et couvre de Moïse (livre du Deutéronome) à la chute de Jérusalem en 587 av. J.-C. (IIe Livre des Rois), n’existait pas. Il n’y avait que des rouleaux ou livres séparés. Pour ce qui est des écrits dits « bibliques », le seul regroupement littéraire attesté est celui des cinq livres de Moïse, la Loi ou plus tard (chez les chrétiens) le Pentateuque. Du début du IIe siècle pré-chrétien à la fin du Ier siècle de notre ère, nous le savons, on désignait des ensembles : la Loi, les Prophètes, ou encore La Loi et les Prophètes. Ce n’étaient là, rappelons-le, que formules générales ou théoriques, sans lien aucun avec la matérialité des choses. Il ne circulait pas de liste de livres. Si, littérairement parlant, histoire d’Israël il y a, elle ne s’est construite qu’au gré de la constitution du corps officiel des Écritures, chez les Juifs après le désastre de 70 (prise de Jérusalem et ruine du Temple) puis chez les chrétiens après leur manifestation sous la forme d’Église. Il s’agit d’une construction toute a posteriori, commandée par un processus régulateur d’inspiration religieuse. Ne parle-t-on pas du recueil des « livres saints » ? Plus encore, du « canon des Écritures » (fin IVe siècle, à l’instar du « canon de la Foi » qui le précédait) ? Or, tant pour la communauté judaïque que pour le réseau des assemblées chrétiennes, dès que s’engagea le processus du regroupement « canonique » des livres saints, à la fin du Ier siècle de notre ère, la reconnaissance et la confession d’un Dieu unique était de longue date un préalable religieux, éthique voire philosophique irrésistiblement acquis. On peut dire alors que le monothéisme précéda la Bible. Dans ces temps et dans ces conditions, littérairement, il n’y avait point d’histoire biblique d’Israël, répétons-le. Ce qui n’exclut pas l’importance et l’impact de traditions nationales qui guideront ensuite le regroupement des livres. Dès lors, pas davantage d’histoire de la religion d’Israël.
Voilà pour les rouleaux « bibliques ». Et le reste, que l’on dit couramment « non biblique », environ les deux tiers de l’ensemble ? Cela se présente plus ou moins comme des relectures ou réécritures, prolongements ou commentaires, réfections ou systématisations de traditions et d’éléments propres aux livres bibliques (d’où la présentation de l’ensemble des écrits découverts propre à la Bibliothèque de Qumrân : en suivant la Bible hébraïque avec ses trois sections, Loi, Prophètes et Écrits). On est en présence d’un ample conservatoire littéraire bien plus diversifié qu’on ne l’avait cru d’abord. En amont, se devine un riche laboratoire où se croisent les différences. Différences de visions de l’homme dans ses rapports au cosmos et à Dieu ; différences de projets éthiques et de représentations sacrées. Un vaste pan de la production écrite de la société judaïque des deux ou trois derniers siècles pré-chrétiens est à la disposition des chercheurs. Ce qui n’a été acquis que progressivement, et pour certains éléments récemment. À la fin des années 1980 et plus encore au long des années 1990, on perçut que bien des textes, la majorité d’ailleurs, n’entraient guère dans le cadre des écrits « sectaires », « esséniens » ou « communautaires ». Un important corpus de prières du IIe ou Ier siècle av. J.-C. s’est trouvé mis au jour et publié. On compte en tout quelque deux cents psaumes, hymnes et autres pièces liturgiques « non bibliques ». Voilà une quinzaine d’années, on fit une découverte dans les découvertes : une collection de livres que l’on a présenté comme de sagesse : ils mobilisent toujours les chercheurs. Ces écrits sont centrés sur la « connaissance ». La connaissance d’un « mystère ». Dans l’un d’eux, l’Instruction pour l’homme qui comprend, retrouvé en huit exemplaires, une étonnante expression revient une trentaine de fois, à savoir : « mystère de l’être et du destin des choses ». On la rencontre aussi dans un cousin littéraire, le Livre des mystères. Ces écrits peuvent être considérés de quelque façon comme gnostiques. À la fin du XIXe siècle, un savant juif de langue allemande, Friedländer, avait plaidé pour l’existence d’une gnose juive préchrétienne, repérable dans la diaspora d’Alexandrie empreinte d’hellénisme, mais aussi dans certaines traditions mystiques de la terre nationale. Voilà une thèse que les textes de Qumrân devraient remettre à l’ordre du jour, les éléments gnostiques n’y manquant pas. On peut faire le lien avec d’autres passages, en particulier à teneur dualiste. Ceux-ci opposent l’esprit de lumière et l’esprit de ténèbres, en lutte dès la création du monde et jusqu’à la fin des temps et jouant un rôle déterminant jusque dans le destin des hommes.
Nous voilà éloignés de la religion d’Israël telle qu’on la conçoit d’ordinaire, à partir des textes officiels, canonisés tardivement. Or, l’histoire de la canonisation des doctrines ou des documents est une chose, l’histoire d’une société en est une autre. Il convient de dissocier les deux, pour le bien de l’une comme de l’autre. Avec les textes de Qumrân, nous sommes introduits dans la société judaïque et dans sa culture, celle-là même qui a nourri, entre autres, Jésus de Nazareth et Paul de Tarse. Nous nous trouvons invités à sortir d’une vision du judaïsme préchrétien limitée au cadre étriqué d’une représentation de la société à l’instar d’une Synagogue ou d’une Église. Pensons d’abord société vivante et culture, et non communauté, moins encore secte. Rien ne semble avoir été exclu à l’époque de ce qui constituait et reflétait la vie sociale. Les écrits de Qumrân l’attestent. On y trouve par exemple quelques documents surprenants, liés à l’astrologie et à la divination, des horoscopes entre autres ; liés au tonnerre (brontologie) et même à la physiognomonie (détermination du destin d’une personne d’après les détails de son physique). Pour autant, d’aucuns essayaient de construire un idéal, d’imaginer les règles de vie d’une communauté parfaite, celles de l’Israël véritable car purifié, dans une utopie qui, elle-même, n’échappait pas à l’idéologie dualiste ni plus largement à la gnose. Cela, la fameuse Règle de la communauté l’atteste. Bref, longtemps majoritaire sinon exclusive aux yeux des savants, la part dévolue aux Esséniens a pour beaucoup perdu ses marques. C’est là un fait que, de leur côté, les archéologues n’ont pas manqué d’accentuer.

La thèse essénienne et une nouvelle vague d’archéologues


Pour la majorité des gens informés, le lien entre les rouleaux et le site de Qumrân va toujours de soi. Beaucoup concèdent néanmoins qu’une partie seulement des textes est l’œuvre directe des résidents locaux, esséniens ou autres. Or, dans un passé assez récent, les archéologues sont intervenus dans le débat. Certains représentent ce que nous appelons une « nouvelle vague » ; ils viennent surtout d’Amérique du nord, d’Australie et d’Israël. Ils imposent de plus en plus dans leur recherche, l’objet, les procédures et les outils d’une discipline adulte et autonome. Jusqu’alors, leur démarche évoluait volontiers à l’ombre du traitement des documents écrits par des érudits non archéologues. La plupart sont en rupture plus ou moins déclarée avec la thèse lointaine de R. de Vaux. Ces quinze ou vingt dernières années, ils fouillèrent de nouveau le site de Qumrân ; mais en lien avec d’autres investigations : à Jérusalem, à Jéricho, et dans bien d’autres lieux des bords de la mer Morte, jusque vers le sud et dans la partie orientale de celle-ci. Ils firent revivre l’économie régionale d’alors, toute autre que celle d’aujourd’hui. Ce qui eut pour effet de désenclaver le fameux établissement. Le désenclavement entraina la désacralisation au moins partielle du site, et partant la dé-communautarisation, elle-même totale ou partielle. On est encore loin d’un concert d’arguments convergents. Néanmoins, des brèches sont ouvertes dans la théorie dite « essénienne » énoncée et promue voilà presque soixante ans. Les épigones demeurés dans la ligne de R. de Vaux, ont apporté eux-mêmes une modification de taille : au terme de nouvelles fouilles à Qumrân, ils ont daté l’occupation « essénienne », à laquelle ils croient, non plus des dernières décennies du IIe siècle av. J.-C. comme on l’affirmait jusqu’alors, mais de la période pacifiée d’Hérode le Grand, qui régna de 37 à 4/5 avant notre ère. Or, la composition de la Règle de la communauté est bien antérieure, d’un demi-siècle sinon même d’un siècle. Et nonobstant, on la présenta longtemps, et certains la présentent encore, comme le document normatif de la « communauté essénienne de Qumrân ». On est en pleine contradiction.
Il est indéniable que des fraternités à finalité religieuse existèrent dans la région de la mer Morte ; mais aujourd’hui l’historien n’a aucune raison de les considérer comme esséniennes. Le mot « essénien » ne figure dans aucun des écrits retrouvés dans les grottes, dans aucun des livres du Nouveau Testament ou de l’immense littérature rabbinique, ni dans aucune inscription contemporaine. Il est possible que ce fût la dénomination globale et tardive de divers groupes d’ascètes qui se succédèrent ou se croisèrent dans ces régions, ou ailleurs. C’est seulement au Ier siècle de notre ère, surtout vers la fin, qu’apparut le mot, et encore sous des variantes dont la différence interpelle : d’abord essaioi chez Philon d’Alexandrie, ensuite essenoi chez Flavius Josèphe ou esseni (en latin) chez Pline l’Ancien.

Lumières nouvelles sur l’œuvre doctrinale de Paul


On considère toujours le judaïsme recomposé après les catastrophes nationales de 70 (incendie du Temple par Titus) puis de 135 (suppression du judaïsme à Jérusalem, rebaptisée par Hadrien Aelia Capitolina) comme le plein épanouissement du système pharisien. L’étude globale et approfondie des rouleaux de la mer Morte demande que l’on révise sensiblement cette opinion. Ces écrits nous ont livré un échantillonnage significatif, large pour l’époque, de la réflexion et de l’expression des élites juives tout au seuil de l’ère chrétienne. Nombre d’antécédents du rabbinisme y sont décelables, pas seulement sous la forme de germes. Longtemps, on chercha dans la littérature rabbinique des lumières rétroactives pour une approche du judaïsme de saint Paul. Mais on ignorait un bon pan des écrits que la société judaïque avait produits et des idées que celle-ci diffusait avant que ce dernier n’apparût sur la scène. Il est possible désormais de déjouer l’anachronisme, de saisir de première main les sources culturelles des traditions et des enseignements contenus dans ses grands textes. Comme d’autres avec lui, Paul a conçu, formulé puis diffusé son message propre, dénommé globalement Évangile, en fonction d’un langage et de schémas relevant d’un patrimoine commun. Ainsi pouvait-il être compris, jusque dans les ruptures qu’il annonçait.
Au temps de Jésus et de Paul, le judaïsme comme système religieux reposait sur la Loi (Torah) et sur le Temple (encore debout). Deux piliers nécessaires, objets nonobstant de conceptions et d’interprétations variables. Pour une part majeure du moins, la Loi était faite d’Écritures plus ou moins officielles ou dites « saintes ». Paul en fit une lecture originale et neuve, en fonction d’un message inédit dont la source et le référent uniques sont Jésus, proclamé Christ. Très vite, il se trouva contraint de placer l’Évangile au centre du système de la Loi. Et il l’institua le challenger de celle-ci ; plus exactement, son catalyseur cathartique. Un exemple pour le moins majeur suffira à le montrer, la « justification ».
La justification, nous le savons, est l’un des grands thèmes de l’œuvre de Paul, dans les lettres aux Romains et aux Galates principalement. Or, les textes de Qumrân, les plus spécifiques car relatifs à la communauté idéale, apparaissent comme de lumineux précurseurs. Jugeons-en par ces phrases :
- « C’est dans la justice éternelle de Dieu que sera mon jugement […]
Il me jugera dans sa justice de vérité » (Règle de la communauté).
- « C’est seulement par ta bonté qu’un homme sera justifié
et par ton immense miséricorde » (Hymnes d’action de grâce).
La dimension de gratuité fonde la justification de l’homme, sa confirmation irrévocable comme « juste » devant Dieu et « juste » grâce à Dieu, car par nature il ne l’est pas. Or, la révélation dernière et parfaite de la grâce justificatrice est acquise par l’étude éclairée de la Loi et par la pratique garantie qui en découle. On est frappé par les différentes façons de traiter la phrase du prophète Habacuc (Ha 2, 4) d’où est tiré le fameux adage « le juste vivra par la foi ». Dans la Bible hébraïque, la version originale est celle-ci : « Voici qu’il succombera (aux envahisseurs) celui dont l’âme n’est pas droite, mais le juste vivra par sa fidélité ». Le Commentaire ou pésher d’Habacuc exhumé des grottes de Qumrân développe ces mots comme suit : « L’interprétation (pésher) concerne tous ceux qui observent la Loi dans la maison de Juda, eux que Dieu sauvera de la maison du jugement eu égard à leur effort et à leur fidélité au Maître de Justice ». Les paroles du prophète sont comprises en termes d’une relation qualifiée à la personne d’exception du Maître de justice (figure probablement fictive). Ainsi se prépare l’application du même texte à une autre figure d’exception, celle du Christ. Bien sûr, Paul utilise la version grecque du texte d’Habacuc, qui donne ceci : « mais le juste vivra par ma foi », autrement dit « par la foi en moi, le Seigneur ». Mais c’est pour la remodeler dans ses deux grandes lettres. Jugeons-en :
- « C’est bien dans l’Évangile que se révèle la justice de Dieu, sans autre condition que la foi, comme il est écrit : le juste vivra par la foi » (Rm 1, 17)
- « Tous ceux en effet qui se réclament des œuvres de la Loi encourent une malédiction […]. Que d’ailleurs la Loi ne puisse justifier personne devant Dieu, c’est l’évidence, puisque le juste vivra par la foi » (Ga 3, 10-11).
Le pronom « de moi » (mou) qui détermine « foi » (pistis), a disparu des deux citations d’Habacuc. Et pour cause, Paul comprend pistis dans le sens chrétien de « foi » dans le Christ ressuscité (cf. Rm 10, 9-10). Pour lui, « vivre » ne renvoie pas seulement à la juste libération de l’oppression des envahisseurs comme dans le texte original ; ni à la délivrance de la maison du jugement selon le pésher de Qumrân. Le verbe signifie « vivre dans le Christ Jésus », avoir part à la vie renouvelée du Christ ressuscité (entre autres, Rm 6, 4). On saisit combien est grand l’enracinement de la pensée de Paul dans le terrain doctrinal de la société juive de l’époque. L’Apôtre s’accorde avec celle-ci sur l’impact du péché généralisé et sur la nécessité de la miséricorde gratuite de Dieu pour la justification individuelle de l’homme. (D’autres textes de Qumrân pourraient être cités ; voir A. Paul, Qumrân et les Esséniens. L’éclatement d’un dogme, p. 98-102). Mais il met l’accent, exclusivement, sur le rôle non moins nécessaire de la foi (chrétienne). Dès lors, semble-t-il relativiser voire rejeter les « œuvres de la Loi ». Celles-ci, les concepteurs de la communauté idéale dans les textes de Qumrân les posent comme essentielles au salut. Paul n’a pas inventé l’expression « œuvres de la Loi », on la trouve à plusieurs reprises, en hébreu, dans les écrits venus des grottes. Pour autant, c’est avec force qu’il prend ses distances à l’égard des penseurs ou maîtres judaïques. Et d’écrire :
- « Nous sommes, nous, des Juifs de naissance […], et cependant, sachant que l’homme n’est pas justifié par les œuvres de la Loi mais seulement par la foi en Jésus Christ, nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus, afin d’obtenir la justification par la foi en Christ et non par les œuvres de la Loi, puisque par les œuvres de la Loi personne ne sera justifié » (Ga 2, 15-16).
Une grande cohérence se dégage de ces propos, polémiques au demeurant. Paul reprend la doctrine de la justification qu’attestent de leur côté certains des textes de Qumrân. Il la prolonge et ce faisant la corrige à l’aide d’éléments chrétiens d’une valeur fondatrice. Et de marquer dès lors la rupture avec ce qu’il désigne comme le « judaïsme », au centre duquel se trouve la Torah. Celle-ci, il la transforme radicalement par le ferment évangélique qu’il introduit en elle. La grande différence ou nouveauté consiste chez lui dans la condition nécessaire de la justification. Du côté juif, elle tient essentiellement au rôle de la Loi, son étude et sa pratique. Du côté chrétien, nécessairement à la foi en Jésus Christ ressuscité. Nonobstant, Paul ne nie pas la valeur de la bonne conduite et des bonnes « œuvres », ce qu’il précise avec netteté (ainsi, en 2 Co 5, 19 ou Rm 3, 27-31).
Bref, une inspiration commune semble déterminer la formulation en partie voisine d’une doctrine de la justification. Un même courant alimente sans doute l’enseignement des théoriciens de la communauté idéale attestée par les textes de Qumrân et la première réflexion chrétienne. Mais l’Évangile et la foi en Jésus Christ font la différence. Ils constituent la condition nécessaire, à la place des œuvres de la Loi. Ces dernières, Paul ne les évacue pas, il les met à leur place, exclusivement comme moyen.

samedi 28 février 2009

"L'Ile", film de Pavel LOUNGUINE : ma réponse à la partie la plus médicocre des opinions sur certains événements actuels...


07 décembre 1965 : Paul VI et le Patriarche Athénagoras 1er lèvent l'excommunication de l'année 1054, sans que cet acte résorbe le schisme entre Orient et Occident.

21 janvier 2009 : Benoit XVI lève l'excommunication de l'année 1988, sans que cet acte résorbe le schisme "lefebvriste".

Simple parallèle disproportionné sur deux événements dont le premier eu des répercussions sur l'Histoire des hommes et des civilisations... Le second étant d'une signification qui devrait rester sans répercussion séculaire, c'est à espérer du moins...

Dans un message précédent, je faisais mention d'un livre érudit de mon ami, spécialiste des Pays de l'Est, Denis LENSEL, sur le travail infatigable de Jean-Paul II en faveur de l'unité des chrétiens notamment entre Orient et Occident.

"Nous lui devons la liberté" :
Paru le :22/08/2008. Editeur : Salvator. ISBN : 978-2-7067-0588-5. EAN : 9782706705885.
Nb. de pages : 213 pages. Poids : 340 g. Dimensions : 15cm x 22,5cm x 1,8cm.

Jean-Paul II réalisa, pour cette unité, en vingt six années de pontificat des résultats tels qu'ils n'en avaient jamais été produits en dix siècles. Joseph RATZINGER qui a concouru à ces résultats, a ensuite bénéficié, en tant que Pape, de ce travail d'apaisement de Jean-Paul II au sujet de cette même unité.

En 2009, après l'espoir suscité par :
- l'élection de Cyrille 1er au Patriarcat de Moscou,
- la levée de l'excommunication, véritable main tendue à la Fraternité Saint Pie X,
- mais encore, la demande mûrement réfléchie d'unité posée par la communauté anglicanne traditionnelle,
on ne peut dire que l'homme ne soit toujours animé par cette nostalgie du "mieux", du "bien", qui consumme depuis toujours le coeur et l'âme de tout être. Cette vérité du "bien" est inscrite dans une loi naturelle au coeur de l' être. Les chrétiens ajoutent que cette loi naturelle se double d'une loi divine qui la transcende.

En ces temps de vaines polémiques à propos de la levée de l'excommunication des quatre évêques sacrés par Mgr Marcel LEFEBVRE en 1988, ma traditionnelle lâcheté et ma continuelle stratégie d'évitement de ce type de conflit dans les conversations, m'inspirent plutôt d'écrire au sujet de "l'Ile", film réalisé par Pavel LOUNGUINE, sorti en janvier 2008 et plus tard en dvd.

Ce film intègre de toute évidence et selon moi, une réponse à tous ces faits qui agitent le landerneau de la petite église franco-française entre ses évêques qui écrivent sèchement qu' "en aucun cas, le Concile Vatican II ne sera négociable", alors même que l'on omet de préciser que certains textes - tantôt jugés conservateurs, tantôt jugés progressistes, selon les humeurs du moment - ont même vieilli, que d'autres ont fait l'objet de précisions ultérieures par le Magistère de l'Eglise, que d'autres restent à découvrir et à méditer, que d'autres enfin sont en attente d'éclaircissement décisifs (liberté religieuse, oecuménisme, dialogue inter-religieux...).

Pour un spectateur occidental éduqué dans la défiance de tous préceptes religieux et ses dérivés : culpabilité, frustration, punition, jugement, emprisonnement,
la découverte de "L’île" est un choc.






La talentueuse mise en scène emportée de fulgurances, initiée par Pavel Lounguine dans son film, montre un christianisme libre, fou, révolté, sage et proche de la sainteté par l’amour du pardon qu’il exige ; car loin d’appartenir à un passé reculé, la sainteté est toujours actuelle et possible aujourd’hui. Les moines orthodoxes du film oeuvrent à cet apprentissage chaque jour.
Ce qui rapproche le cinéaste Pavel LOUNGUINE de tout chrétien est la recherche de la vérité. Tarkovski disait que “la beauté est symbole de la vérité” en écho à Platon : “la beauté est la splendeur du vrai”. L’art cinématographique et l’art divin sont l’exercice de cette approche, un chemin de compagnonnage permis à tous cherchants.
Sur ce sentier se mêlent aux traces connues, Murnau, Rossellini, Dreyer, Bresson, Tarkovski, celles des hommes de bonne volonté, spectateurs du clair obscur de leurs vies et du film.
Le pardon est l’une des clés de la vérité, c’est à cela que nous invite le film, devenant objet de scandale en nous suggérant l’impossible : se donner le pardon.
Anéantir son orgueil personnel jusqu’à accepter sa propre nature et son propre crime : tel est le choix héroïque du père Anatoli. Par cet acte il est le héros du film, faisant de son existence une tension permanente vers sa propre vérité à découvrir et à vivre. Une vérité qui, bien plus raisonnable que le mensonge, devient un acte de liberté.

La caractéristique de la liberté est d’être illimitée. Cela implique de dépasser les limites de l’humain. Dostoïevski par la bouche du grand inquisiteur dans “Les Frères Karamazov”, propose de fixer des limites à la liberté afin d’aider l’homme à faire ses choix dans un cadre qui ne nuit à personne. Le père Anatoli ("l'Ile") dans sa recherche de la vérité trouve dans cette sagesse son propre dépassement sortant du cadre de l’écrivain pour atteindre à la dimension mystique du don et de l’amour, s’approchant ainsi d’un starets (c'est à dire un “ancien” ; moine ou laïc ayant acquis une très grande expérience dans la vie spirituelle et capable de guider les autres dans cette voie) canonisé comme saint Séraphin de Sarov. Ce moine ne ressemble pas à l’image sulpicienne - franco-française -, il est la ressemblance célestienne d’un ange... russe, ici en l'occurence.
Russe car cette quête incessante et exigeante de la liberté, de la vérité et de l’amour est propre à l’esprit slave. Toute sa culture s’imprègne de l’idéal de l’hésychasme (du grec hésychia qui signifie : repos, quiétude, tranquilité), de la littérature de Tolstoï à Dostoïevski, de la philosophie religieuse de Berdiaev et Soloviev, à la poésie de Pouchkine ou la violence de Gogol, à la théologie de Boulgakov ou de Lvovski.
Toute la Russie témoigne du sentiment et de l’intuition en quête de paix profonde.


Vous l'avez sans doute compris, ce film est bien plus qu'un simple film car je peux prétendre qu'il s'agit ici de quelque chose comme la prière ou qui invite à la prière. Ceci, par la beauté des paysages, des faits, des images, des quelques paroles prononcées dans un film dans lequel c'est plutôt la force intérieure des personnages qui marque, à commencer par le personnage du Père Anatoli interprété par Piotr MAMONOV. Ce dernier fut chanteur, comédien, fondateur du groupe rock russe le plus célèbre de ce genre musical là-bas : Zvuki Mu. Un comédien qui passé le choc de l'interprétation de ce personnage est retourné à une vie retirée à la campagne d'où il revient parfois pour quelque "one man show".

"L'Ile" : un film qui retourne à l'essentiel d'une vie contemplative que l'on soit moine ou au milieu du monde. Un film qui relativise les orgueils à l'oeuvre en ce monde. "L'Ile", un très grand film...

Xavier ALGRET

vendredi 6 février 2009

The finest in Jazz since 1939

Ce blog est éclectique et nous n'y écrirons jamais uniquement sur les sujets de nos week-end, nos étés en famille, les événements de la Vie économique, politique et sociale ou religieuse...
Nous avons déjà écrit sur le jazz et nous continuerons.

Nous sommes le 6 février et je souhaite réparer mon erreur du 6 janvier : avoir omis de mentionner sur ce blog un anniversaire clé pour les amoureux du jazz ; je veux parler du soixante-dixième anniversaire du Label Blue Note...
Voilà... Si vous savez ce que représente ce label, vous retiendrez votre souffle.

Si vous ne savez pas, je vous invite à lire dans le texte et dans la langue de cette musique universelle qu'est le jazz, la fabuleuse histoire d'un des plus grands labels du siècle passé et de celui en cours. L'un des plus grands parce que tous les géants, les grands mais aussi les oubliés, les incompris de cette musique sont passés par ce label, véritable poumon et coeur de la planète jazzistique. Un jour, on oubliera probablement ce qu'était une note bleue au début du XXème siècle, mais on rêvera toujours de jouer ou d'entendre des notes bleues. Ce bleu, on en fit un son que l'on donnait à voir : la fameuse ligne Blue Note, son logo, ses graphismes, ses photos. Une représentation sonore et visuelle à la fois gaie et meurtrie, faite de fierté, de légèreté, de ferveur, d'adversité, de modestie et d'ambition. Le son d'une histoire, l'histoire d'un son : à travers ses acteurs majeurs, qu'ils soient musiciens, producteurs, ingénieurs du son, ou observateurs avisés.
In 2009, Blue Note Records—one of the world’s most legendary labels—will celebrate two milestones when it commemorates both the 70th anniversary of the label’s founding by Alfred Lion, as well as the 25th anniversary of the its re-launch in 1984 under current President Bruce Lundvall, with a global celebration. In events befitting a label known for offering "The Finest In Jazz Since 1939", the coming year will feature the music, imagery and legend of Blue Note with a range multi-media offerings, including live concerts, special digital and physical re-issues and new releases, The Blue Note 7 ; an all-star tribute band of current jazz luminaries, book releases, festival honors, merchandise and much more.

Since its very first recording session on January 6, 1939, Blue Note has grown from a small independent label to become the world’s premiere and longest-running Jazz label. Today, Blue Note boasts a legendary catalog that includes such Jazz icons as Thelonious Monk, Bud Powell, Miles Davis, John Coltrane, Cannonball Adderley, Horace Silver, Art Blakey, Jimmy Smith, Grant Green, Lee Morgan, Freddie Hubbard, Joe Henderson, Herbie Hancock, Wayne Shorter, McCoy Tyner, Donald Byrd, Andrew Hill and Ornette Coleman...

The label’s current Jazz roster keeps the tradition going, and includes many of today’s most important voices such as Patricia Barber, Terence Blanchard, Bill Charlap, Robert Glasper, Lionel Loueke, Joe Lovano, Wynton Marsalis, Jason Moran, Aaron Parks, Dianne Reeves, Gonzalo Rubalcaba, and Cassandra Wilson. And under Lundvall's watch, Blue Note has tastefully broadened its music pallet beyond jazz to include such acclaimed artists as Priscilla Ahn, Anita Baker, Al Green, Norah Jones, Amos Lee, Willie Nelson and The bird and the bee.

More offerings will be announced throughout the year, but following is a hint of what’s to come:
THE BLUE NOTE 7 ALL-STAR TRIBUTE BAND – WORLDWIDE TOUR & ALBUM RELEASE.
Events will kick off January 7 with the start of a worldwide tour by The Blue Note 7 ; an all-star tribute band comprising pianist and musical director Bill Charlap with trumpeter Nicholas Payton, alto saxophonist Steve Wilson, tenor saxophonist Ravi Coltrane, guitarist Peter Bernstein, bassist Peter Washington and drummer Lewis Nash. The tour will hit 50 U.S. cities capped off with a week-long run at Birdland in New York April 14-19.

A European tour is planned for October-November. On January 13, the septet will be releasing Mosaic : A Celebration of Blue Note Records, an eight-song collection of re-envisioned Blue Note classics.

BLUE NOTE TAKES NEW YORK

On January 27, Blue Note will kick off a month-long invasion of New York City’s clubs and music halls with two Blue Note legends—Lou Donaldson and Dr. Lonnie Smith—at Dizzy’s Club Coca-Cola at Jazz at Lincoln Center. Other artists already confirmed throughout the month of February include Anita Baker, Terence Blanchard, Bill Charlap, Robert Glasper, Norah Jones, Joe Lovano, Lionel Loueke, Wynton Marsalis, Jason Moran, Willie Nelson, Aaron Parks, Dianne Reeves and Cassandra Wilson. Venues will include the "Blue Note Jazz Club", "Jazz at Lincoln Center", "Jazz Standard", "Town Hall", and the "Village Vanguard".

BLUE NOTE TRIBUTES AT FESTIVALS AROUND THE WORLD

Throughout 2009 several major Jazz festivals will be paying tribute to Blue Note Records. The 6th Annual Portland Jazz Festival in Oregon (February 13-22) will dedicate itself to a 360° celebration of the label—Somethin’ Else : Blue Note Records at 70—featuring performances from Blue Note’s past and present roster, as well as panel discussions about the label’s legacy with Bruce Lundvall, Michael Cuscuna, and various Jazz artists, writers and historians. In addition, the Blue Note Records Festival in France (March 30-April 11) will be showcasing talent from around the world. Other festivals paying tribute to Blue Note will include the JVC Jazz Festival in New York, Festival International de Jazz de Montreal, Newport Jazz Festival in Rhode Island, and multiple festivals in Europe to be confirmed.

ABOUT BLUE NOTE RECORDS

It took the joining of many natural forces to create and define one of the greatest Jazz labels there has ever been: Jazz-loving German immigrants on the run from Nazism (Alfred Lion & Francis Wolff), a New Jersey optometrist moonlighting as a recording engineer (Rudy Van Gelder), a classical music-loving commercial designer (Reid Miles), and slews of the most incredible musicians that have ever walked the earth (too many to name them all here).

The elements that each brought to the table—impeccable A&R instincts, elegant and insightful photography, sterling sound quality, strikingly original cover artwork, and consistently transcendent music—were all essential to the label's early success. Together they created a vivid Blue Note identity. The whole could not have existed without each of the parts.
Blue Note’s legendary catalog traces the entire history of the music from Hot Jazz, Boogie Woogie, and Swing, through Bebop, Hard Bop, Post Bop, Soul Jazz, Avant-Garde, and Fusion. The label’s stars from the early years form a true Who’s Who: Thelonious Monk, Bud Powell, Miles Davis, John Coltrane, Cannonball Adderley, Horace Silver, Art Blakey, Jimmy Smith, Grant Green, Lee Morgan, Freddie Hubbard, Joe Henderson, Herbie Hancock, Wayne Shorter, McCoy Tyner, Donald Byrd, Andrew Hill, Ornette Coleman.
After a brief dormancy from 1981-1984 during which producer/historian Michael Cuscuna kept the label’s legacy alive with a series of reissues on EMI, Blue Note returned reinvigorated by the leadership of Bruce Lundvall and has since established itself as the most respected Jazz label in the world. The label is still home to some of the most prominent stars and cutting-edge innovators in Jazz today, and at the same time has broadened its horizons to include quality music in many genres.
Over the past 25 years, Blue Note has seen it’s share of commercial successes from Bobby McFerrin, Stanley Jordan, Dianne Reeves, Cassandra Wilson, Us3, Medeski Martin & Wood, Norah Jones, Al Green, Anita Baker, Willie Nelson and Wynton Marsalis. The label has also remained a haven for the most creative voices in Jazz over the past quarter-century including Patricia Barber, Brian Blade, Terence Blanchard, Don Byron, Bill Charlap, Eliane Elias, Kurt Elling, Robert Glasper, Stefon Harris, Charlie Hunter, Lionel Loueke, Joe Lovano, Pat Martino, Jason Moran, Greg Osby, Aaron Parks, Michel Petrucciani, Gonzalo Rubalcaba, John Scofield, Jacky Terrasson, and Chucho Valdes.
Blue Note has also begun a series of newly-discovered long-lost archival gems such as Thelonious Monk Quartet With John Coltrane At Carnegie Hall, Charles Mingus Sextet With Eric Dolphy : Cornell 1964, and Horace Silver Live at Newport ’58.
Xavier ALGRET

samedi 31 janvier 2009

Interview de Philippe BARBARIN, Cardinal archevêque de Lyon et Primat des Gaules : une pensée claire et lucide

http://www.lefigaro.fr/le-talk/2009/01/26/01021-20090126ARTFIG00585-des-propos-negationnistes-ne-sont-pas-ceux-d-un-chretien-.php

dimanche 25 janvier 2009

Notre traditionnel voyage du week-end d'Epiphanie, l'oecuménisme et notre amie Madame le Pasteur...

Comme tous les ans à l'occasion de l'Epiphanie, les Rois mages offrent leur dernier cadeau à nos enfants. Ainsi, les "Bon pour un Voyage" trouvés dans les branches du sapin le soir de Noël révèlent enfin leur destination surprise. La destination proche ou plus lointaine n'est jamais révélée, sinon par indices dont le but est d'enrichir, dans la motivation, la culture générale.

Après Carnac, son hôtel et sa piscine d'eau de mer à 26 degrés. Après Brugge : merveilleuse ville de contes, c'était cette année Strasbourg.
Ce sont toujours deux jours pour ne jamais empiéter sur le travail de Papa, l'école des enfants et leurs devoirs.
Rien que du tourisme régulier et traditionnel mais, dans le cadre unique de notre culture familiale.
C'est toujours une parenthèse éclair et dépaysante dans laquelle la prose de chaque jour se transforme en alexandrins.
Au programme : winstub et gastronomie, dégustation de vins (pour les parents), croisière en bateau sur l'Ill, découverte de La Petite France, de la cathédrale et ses horloges, visite du Musée Alsacien et du Palais Rohan et ses peintures de maîtres - la peinture est incontournable chez nous -.
C'est une pause dans l'hiver, toujours dans l'esprit de famille et
l'effet "break" des dépaysements d'été.

Si les parents avaient déjà eu en décembre leur week-end thalassothérapie à La Baule, ce week-end famille est toujours et encore, pour nous deux, l'occasion de se retrouver seuls et amants dans notre chambre d'hôtel.

L'argent dépensé n'est jamais qu'un moyen purement humain pour aider à camper le meilleur décor d'une vie familiale exclusive et concentrée sur 48 Heures.
Ici cessent les petites disputes traditionnelles entre six frères et soeurs, ici les parents se reposent. Chacun échange au sujet des visites et des différentes découvertes.

Puis... soudain, des remarques, des questions essentielles fusent de la bouche de nos enfants et c'est l'occasion d'écouter et parfois de répondre à la quête de sens existentiel. Ici, est un moment de grâce et de chaleur physique, morale et spirituelle que nous plebiscitons tous au coeur de l'hiver.

A l'occasion de la Semaine pour l’Unité des Eglises Chrétiennes, Madame le Pasteur de l'Eglise de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine : Claire-Lise Rebert, assurait la prédication lors de la messe de 11h00 à la Cathédrale catholique de Strasbourg. L'office était dirigé et la Messe dite par Monsieur l’Archiprêtre Chanoine Bernard Eckert. Très belle messe avec la participation du Madrigal de la Cathédrale.
L'époque semble dominée par le péché et l'orgueil. Le péché d'une guerre entre musulmans palestiniens et juif israeliens. Une guerre génocidaire avec ses crimes contre l'humanité. Une guerre avec ses armes non conventionnelles utilisées contre des populations civiles et des enfants.

Au coeur de cette actualité où sévit le Mal, Strasbourg, capitale de notre Vieille Europe, symbole de la réconciliation franco-allemande, mais aussi, capitale de la Nouvelle Europe et siège du Parlement européen, nous a offert le visage de la tolérance, du respect, du rapprochement voire de la charité et de l'Amour entre les confessions chrétiennes et entre les hommes en général.
Sans pour autant verser dans une ouverture d'esprit à l'optimisme béat, il est des jours où nos différences nous enrichissent et nous transcendent. Il est des jours où la vanité de nos différences s'estompe...
Un voyage n'est pas seulement un déplacement géographique, c'est aussi un voyage intérieur vers les autres.

vendredi 9 janvier 2009

Ironique, mélancolique, nostalgique : c'est le ton inchangé du dernier et douzième album d'Alain SOUCHON.


S'il ne parvient pas ici à nous bouleverser totalement, n'aime t on pas se laisser bercer par sa petite musique intime ou politique, tout en demi-teintes et en demi-tons. A 64 ans, Souchon continue même de s'affirmer, signant seul la quasi-totalité des textes et des mélodies (un seul titre est cosigné avec Voulzy). Chansons manifestes : le croqueur du quotidien y raille les patrons voyous, salue les déracinés et les femmes emmurées ; surtout, il nous dit sans frime sa peur du temps qui passe, ses regrets d'un passé pas encore plombé par les lois du marché, ou le parfum doux-amer des illusions amoureuses. Comme si cet éternel ado appelait encore sa maman pour lui raconter ses bobos... Quitte à faire ce qu'il n'avait encore jamais osé, adapter un poème d'Aragon, Oh la guitare. « Il me la faut pour que je croie à ce triste air, à ce triste art, qui m'aide à mieux porter ma croix. » Comme si la chanson était le baume qui soulage son perpétuel état d'esprit.

Comment rester insensible aux paroles de "Elle danse" ?
On peut offrir cet opus pour dire je t'aime. Souchon aime et le dit bien. Des émotions simples mais si essentielles. Parfois mélancolique (« On disait vous verrez quand ce sera nous / Plus de violence, plus de coup / On voyait nos baisers gagnants / Les filles se déshabillaient tout le temps / Oh oh oh on était rêveur » ), mais aussi acide lorsqu'il parle des "parachutes dorés" à une époque où tous les artistes chantent leur petit nombril.
Alain SOUCHON, un grand Monsieur resté simple à l'heure du "star system".
Anne-Elisabeth et Xavier ALGRET

vendredi 26 décembre 2008

Noël dans la crise : un rendez-vous pour l'espérance

Noël dans la crise : un rendez-vous pour l'espérance
LE MONDE 23.12.08 14h10 • Mis à jour le 24.12.08 08h25

Au moment où le monde entier se trouve engagé dans une crise économique qui frappera en priorité les plus démunis, et dont personne ne peut mesurer la durée et la gravité, Noël demeure une espérance.

La naissance du Christ parmi les plus pauvres, autant dire presque dans la rue, mais aussi de nombreux textes bibliques et écrits sociaux des Eglises chrétiennes, nous renvoient à des références éthiques essentielles pour affronter la crise. La pensée sociale chrétienne qui s'appuie sur ces références n'est pas une alternative à un quelconque système économique, mais un socle de réflexion qui a vocation à inspirer tout mode d'organisation durable de la société.
Ce socle repose sur deux priorités : celle de l'homme sur l'économie, l'économie est au service de l'homme et non l'inverse, et celle des pauvres sur les privilégiés, l'équité condamne une trop grande inégalité entre les revenus. Ces deux priorités définissent les six piliers fondateurs de la pensée sociale chrétienne : la destination universelle des biens (la propriété privée est légitime si son détenteur en communique aussi les bienfaits à ceux qui en ont besoin), l'option préférentielle pour les pauvres, le combat pour la justice et la dignité, le devoir de solidarité, le bien commun et le principe de subsidiarité (faire confiance à ceux qui se trouvent au plus près du terrain pour résoudre ensemble leurs difficultés).

Et, en leur temps, les Pères de l'Eglise n'y allaient pas par quatre chemins. Avec saint Ambroise, par exemple, qui affirmait : "Quand tu fais l'aumône à un pauvre, tu ne fais que lui rendre ce à quoi il a droit, car voici que ce qui était destiné à l'usage de tous, tu te l'es arrogé pour toi tout seul."

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Jaurès ou Gorbatchev, plus près de nous, prétendaient trouver, le premier dans les textes du pape Léon XIII sur la question ouvrière, le second dans ceux de Jean Paul II, des références qui pouvaient fonder une société plus juste.
Dans leur session consacrée à l'argent en 2003, les Semaines sociales de France, lieu de réflexion des chrétiens sur les problèmes de société depuis plus d'un siècle, critiquaient certains aspects des rémunérations des dirigeants, dont les stock-options, dans la mesure où elles négligent, voire compromettent, la gestion de l'économie sur le long terme.
Ce faisant, les chrétiens ne condamnent pas l'économie de marché sous toutes ses formes. Ils rappellent - en accord avec l'économiste Adam Smith - que ce type d'économie ne peut fonctionner que dans des sociétés basées sur les valeurs morales que sont le respect des autres et une certaine sobriété dans l'usage des biens matériels.

INDISPENSABLE RÉGULATION

Il s'agit donc de ne récuser ni le profit ni les investisseurs qui prennent des risques dans l'entreprise, mais d'appeler à une indispensable régulation de leur fonctionnement par les autorités publiques et par l'action de corps intermédiaires, tels que les organisations non gouvernementales et les syndicats, notamment.
Les chrétiens ont des valeurs à faire fructifier avec ceux qui ne partagent pas nécessairement leur foi. Et les plus privilégiés d'entre eux sont appelés à se comporter en citoyens vigilants par leurs choix politiques, à refuser le toujours-plus, à s'engager, notamment au niveau local, à accepter un niveau d'impôts volontariste pour une solidarité active, à respecter un mode de consommation plus sobre et plus équitable. Dans leurs lieux de vie, ils auront toujours le souci de faire entendre la voix des plus exclus.
La célébration de Noël invite à réactualiser le sens que nous donnons à l'économie et à choisir la voie de la solidarité. Cela devient plus qu'urgent. Impératif.

Guy Aurenche, Jean Boissonnat, Daniel Casanova, Jacques Delors, Xavier Emmanuelli, Jean-Baptiste de Foucauld, Sylvie Germain, Jean-Claude Guillebaud, Jean-Pierre Hourdin, François-Régis Hutin, Alain Juppé, Patrick Peugeot, Michel Rocard, Robert Rochefort, Eric-Emmanuel Schmitt, François Soulage, René Valette, Jérôme Vignon, François Villeroy de Galhau.
La liste complète des signataires est sur le site
www.lavie.fr. Et pour signer ce texte.
Article paru dans l'édition du 24.12.08.

samedi 13 décembre 2008

Revoir nos opinions archaïques et dépassées sur l'immigration...

Le manque de moyens de formation intellectuelle laisse démuni certains français dans leur perception de l'immigration et, de manière générale, de la mondialisation

Dans ces milieux socio-culturels d'une France que je qualifierai de "traditionnelle" - par souci du raccourci forcemment réducteur mais non moins révélateur d'une certaine culture - on pense beaucoup de mal de l'immigration. Tout comme moi du reste, du moins, si je m'arrête uniquement aux désagréments immédiats de l'immigration. Et, il en existe beaucoup qui brident une réflexion plus profonde, optimiste et spirituelle...

Dans les Pays de Loire tout autant que dans les banlieues où l'on votait "Le Pen" au début des années 80, qu'en Rhône Alpes, dans le Nord ou dans le sud de la France, le camp de l'intelligence clairvoyante et lucide a été délaissé.

Dans les Pays de Loire, on a pu majoritairement voter "oui" au référendum portant proposition sur le Traité de Constitution européenne. Je ne prendrai pas politiquement position pour un "oui" ou pour un "non" : ce n'est pas ici le sujet. Je diagnostique dans ce "oui" majoritaire dans l'Ouest de la France, les conséquences grégaires d'une population conservatrice dans un paysage sociologique et politique "interné" dans ses enfermements culturels dogmatiques et prodigieusement inféconds.

Ces postulats d'origine socio-culturels sont totalement dépassés à l'heure d'une mondialisation qu'ils ne peuvent comprendre faute de formation intellectuelle et d'ouverture d'esprit au changement. Un changement qui fait peur parce qu'accompagné du sentiment d'impuissance à le contrôler. Facteurs aggravants : les jeunes générations reproduisent leur névrose conservatiste devenant nécrose car elles sont repliées sur des réflexes archaïques et les instituts de formation propres à leurs "castes sociologiques". Non que les formations proposées soient de qualité execrables mais plutôt qu'elles ne sont plus à l'écoute d'un monde qui a changé et qui change vite, et, qui change vite tous les jours.

Une analyse objective montre que l'immigration, y compris illégale, a des conséquences globalement positives pour le développement du pays receveur

Les partisans de l'immigration peuvent démontrer, chiffres à l'appui, que le phénomène a des retombées économiques bénéfiques. Cependant, il ne parait pas possible de décider objectivement si l'impact est positif ou négatif sur le bien-être individuel des habitants, car les effets de l'immigration sont complexes. Par exemple, elle a un effet à la baisse sur le niveau des salaires - ce qui est défavorable aux employés - et sur les coûts de production - ce qui est favorable aux consommateurs.

- En ce qui concerne les pays de départ, le principal inconvénient reste la fuite des cerveaux.

- Le principal bénéfice réside dans les transferts monétaires que les émigrés envoient dans leur pays d'origine. Près de
70 % de ces transferts vont vers les pays en voie de développement, où ils constituent une part importante du revenu national et sont également la principale source de devises étrangères.
Les migrations permettent aussi la transmission des cultures et des technologies.

L'immigration, même illégale, a globalement des retombées positives sur le développement des pays d'accueil :

- Les Nations Unies ont étudié dans quelles mesures l'immigration de remplacement pourrait remédier aux conséquences néfastes d'un taux de natalité trop bas. En absence de migration, dans les cinquante ans à venir, l'Union européenne verrait sa population baisser de 43 millions,
soit 11%. La population d'âge actif diminuerait de 12% en France, 33% en Italie et 36% en Allemagne. L'Union européenne aurait donc besoin de 47 millions d'immigrants, presque 1 milllion par an.

- Pour conserver la distribution par âge nécessaire à l'équilibre des systèmes de retraite actuels, il lui faudrait 154 milllions d'immigrants entre 2015 et 2040, ce qui est irrréaliste.

L'immigration pourrait donc remédier au déclin des populations mais pas à leur vieillissement.

Il est impossible de prévoir ce que seront les mouvements de migration à moyen et long terme. Cependant, il est raisonnable de penser que l'Afrique restera longtemps un continent d'émigration.

Pour le reste, on peut imaginer que, dans l'avenir, les Européens iront chercher du travail en Chine ou dans l'un des pays émergents de l'Asie de l'est et du sud-est.

Il faut cesser de diaboliser ces phénomènes totalement inéluctables et se les approprier intellectuellement pour en tirer une force positive du point de vue civilisationnel, politique mais aussi spirituel.

Ceci, dans l'avenir d'un monde qui devra son salut au fait d'assumer une mondialisation désormais définitivement en marche.

Xavier ALGRET

samedi 22 novembre 2008

Ma comparaison des crises familiales rapportées aux crises économiques dans ce qu'elles appellent en terme d'interprétations


Tranche de vie au sujet de cette Crise

Je travaille sur Paris. Il m'arrive de déjeuner rapidement dans une brasserie ou l'autre. J'entends ces derniers temps s'exprimer sur la crise financière et économique les personnes qui m'entourent. La qualité des raisonnements est inégale mais tous font preuve de bon sens selon ce qu'ils ont reçu : formation, culture, appartenance socio-culturelle ou professionnelle. Parfois, l'enthousiasme de la conversation fait monter les enchères jusqu'au raisonnement d'expression drolatique... Un midi, je n'ai pu m'empêcher de rire de bon coeur une fois sorti dans la rue.
Un bon moment... Et, j'écris cela sans ironie, ni moquerie. J'étais pourtant dans un quartier d'affaires dont les tours sont toutes très hautes.


Comparaison mauvaise comme toutes les comparaisons

C'était un peu comme écouter un "catholique progressiste" ou un "catholique traditionnaliste" - pour céder aux caricatures simplistes - parler du Motu proprio vu de son camp, c'est à dire selon sa pseudo objectivité : celle de l'Eglise, la vraie, ou plutôt celle de "leur" Eglise conçue selon le confort personnel de leur "caste" sociologique dans laquelle être bien vu des membres de la "caste", censure la potentialité de liberté de conscience et d'interprétation personnelle.
C'est un peu aussi comme entendre parler une famille défendre les vertus de "sa bonne éducation séculaire" sans conscience de l'amnésie involontaire sur le nombre de ses filles mères, de ses adultères, de ses divorces latents qui se consument en chambres à part à longueur de vie, de ses homosexuel(les), de ses alcoliques, de ses fils uniques gatés mal préparés à l'éducation de leurs propres enfants, de ces mariages "forcés" par la nouvelle d'une grossesse prématurée, voulue ou non et qui patineront toujours gravement dans la glue. Toujours cette mauvaise éducation qui génère derrière elle le malheur et les secrets de famille dévastateurs, que cette même famille a su secréter dans ses enfermements psycho-pathologiques depuis près d'un siècle. On organise alors des fêtes pour se donner l'illusion de l'Etre, de l'appartenance identitaire au même sang. On vous raconte alors que Dieu pardonne - ils ont raison - et vous livre des explications qui sont autant dithyrambiques que leur propre existence est souffrante et vouée à un bonheur aussi fat que matérialiste et conformiste entouré par leurs quatre enfants, leur maison et leur chien. Un bonheur narcissique dont l'image narcissique est confiée, via les enfants, à Face Book, dernier reflet pitoyable d'un exhibitionnisme motivé par l'absolutionnisme inhérent à l'ère des talk-shows dont on subit l'influence néfaste.

"Non que je moque ces familles mais que je les comprenne en y lisant en transparence", me disait un psychiatre que je compte pour ami. "Ainsi, je ne les en aime que d'avantage car je les comprends mieux".

Que peut-il se passer ?

La question n'est pas de savoir si on échappera ou pas à une récession économique mais quelle sera sa profondeur et sa durée. Ne nous faisons pas d'illusions : on ne sort pas d'une crise financière et économique de cette gravité. On ne sort pas d'une mauvaise éducation donnée il y a soixante-quinze ans à des soeurs qui deviendront un jour des mères dont les enfants secréteront le malheur. Tout ceci en laissant simplement jouer les mécanismes rééquilibrant d'une vie de famille apparemment saine ou dans notre cas de laisser jouer les mécanismes rééquilibrant d'une vie apparemment saine du marché. Le risque majeur est que les difficultés du secteur réel et celles des banques se cumulent et s'entretiennent mutuellement. On le sait : on observe déjà en France des faillites d'entreprises dans certains secteurs : en France, elles ont augmentés de 35% dans l'immobilier sur les neuf premiers mois de l'année et jusqu'à 82% dans le transport routier ! Il s'agit simplement de faillites de petites ou de très petites entreprises générant des "micro-drames" locaux. Mais déjà, on entend parler de faillites, de fermetures de sites de grandes entreprises, de chômage partiel, de suppressions d'emplois.
La faillite d'entreprises de la taille de General Motors ou de Ford dont dépend une multitude de fournisseurs, destabiliserait encore plus le secteur financier mondial.

Sans compter les défauts de paiement des ménages, le plus souvent liés à une perte d'emploi qui menacent de faire exploser la bulle du crédit à la consommation.

Le plus gros de l'orage financier est peut-être derrière nous, mais la crise économique, elle, ne fait que commencer entretenue par un "krach rampant" que je définissais dans un message précédent.

Cette crise est peut-être salutaire en ce sens que des chantiers doivent être entrepris. Le premier de ces chantiers salutaires tient au politique. Les gouvernements doivent agir simultanément sur le secteur financier et sur l'économie réelle car injecter des centaines de milliards pour recapitaliser les banques ne suffira pas si elles ne trouvent pas des emprunteurs solides et solvables.

Le principal instrument à mobiliser est donc le budget public mais, l'Europe saura-t-elle s'affranchir de ses règles et inventer de nouvelles solutions collectives ? La Grande Crise de 1929 nous rappelle qu'il n'est jamais facile de s'affranchir collectivement des règles qui ont fondé le Pacte antérieur : à l'époque, l'attachement à l'étalon or avait entravé la capacité de réaction des politiques monétaires, jusqu'à ce qu'une cascade de dévaluations compétitives fasse voler en éclat le système monétaire international.

Les dogmes d'aujourd'hui ne sont donc pas moins dangereux que ceux d'hier. Le politique doit y veiller par autocritique pour donner du sens à ces chantiers qui l'attendent.
De même que les familles inconsciemment "rompues" depuis trois générations par la mauvaise éducation et des habitudes culturelles "dogmatiques" peuvent remettre en question leurs "dogmes" pour donner du sens à leurs propres chantiers.

samedi 8 novembre 2008

Avons nous assez assimilé les analyses de Maurice ALLAIS, seul Prix Nobel d'économie français, qui plus est, face à la crise actuelle ?

Cette question est la reformulation la plus fidèle, j'espère, d'une interpellation d'un ami et lecteur de ce blog, au sujet d'éventuelles prémonitions de notre Prix Nobel face à la catastrophe financière et économique que nous vivons.

« L’économie mondiale tout entière repose aujourd’hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s’était constatée. Jamais sans doute il n’est devenu plus difficile d’y faire face. Jamais sans doute une telle instabilité potentielle n’était apparue avec une telle menace d’un effondrement général. »

Le seul prix Nobel francais d’économie primé en 1988, Maurice Allais, distingué pour ses contributions à la théorie des marchés et à l'utilisation efficace des ressources, tirait ainsi en 1998 les conclusions de la grave crise financière qui venait de frapper l’Asie.

Mon propre frère, décédé l'année du Nobel, menait alors de front des études en économie à l'université et dans l'une des quatre Ecoles Normales Supérieures de France. Je me souviens de nos discussions fiévreuses dans lesquelles sa capacité de raisonnement me laissait toujours dans l'attente de solutions jamais définitives en économie. Nous parlions de Maurice ALLAIS dont il avait entrepris de comprendre les travaux depuis sa seconde dans notre Lycée Saint Michel de Picpus, qui comme les collèges et lycée Notre Dame d'Orveau, sont écoles confiées à la Congrégation de Sainte Croix de laquelle est membre et prêtre un oncle de mon épouse.

Aujourd’hui, l'analyse de Maurice ALLAIS, au sujet de l’instabilité de la mondialisation financière, carburant au crédit, s’avère prémonitoire.

Un libéral comme Maurice ALLAIS ne se sent pas forcément désavoué par ce chaos : il est celui d'un laxisme mondialiste qu'il ne cesse de dénoncer. Alors que des experts réputés comme tels et "indiscutables" assurent qu'ils avaient prédit les événements, il faut relire les critiques de l'économiste libéral contre une mondialisation des échanges entre pays «caractérisés par des niveaux de salaires très différents aux cours des changes», prélude aux pires catastrophes. Pour lui, «une société libérale n'est pas et ne saurait être une société laxiste et anarchique». Ne serait-il pas temps d'entendre ses critiques contre «le credo d'un libre-échangisme mondial» et son plaidoyer pour la «préférence européenne» ?

Publié à l’origine en octobre 1998 dans le Figaro à l’occasion de la crise asiatique, ce texte dont j'ai extrait la séquence ci dessus a été ensuite repris dans l’ouvrage « La crise mondiale d’aujourd’hui », paru en 1999. Maurice Allais décrit les causes de la terrible crise financière asiatique qui préfigurait celle que nous connaissons aujourd’hui. Mon propre raisonnement dans le cadre des 23 articles parus sur ce blog sous la rubrique : "Vie économique, politique et sociale" s'inspire en cela, de Maurice ALLAIS, qu'ils appellent à l'hyper-vigilance face à l'excès de confiance en les capacités d'autorégulation des marchés jusqu'aujourd'hui du moins.

L'Etat face à l'autorégulation d'Epinal

L'autorégulation des marchés allait bon train... Et le monde se tourne maintenant vers l'Etat pour qu'il le sauve et le régule... Le libéralisme autorégulé appelle au secours le socialisme étatique...
Voilà donc trente ans que l'autorégulation était devenue la panacée du "politiquement correct" quant au fonctionnement des marchés financiers.
Cette confiance en cette autorégulation donne la pire crise depuis 1929.
L'Etat propose de payer si besoin mais l'économie va souffrir. L'ardoise sera-t-elle supportable pour l'Etat.
L'Etat est en droit de demander des comptes car il laisse à penser qu'il a été au chevet. L'Etat providence...

A qui la faute dans cette crise ?

La gauche peut alors penser que c'est la faute au libéralisme incapable d'être force de ré-équilibrage.

Les libéraux disent que c'est la faute de l'Etat et aux hommes politiques qui ont poussé au crime en laissant survivre des garanties antiques (Fannie Mae et Freddy Mac).

Les régulateurs ont-ils laissé trop faire ?

Maurice ALLAIS toujours vivant mais âgé dirait certainement que ces vérités ne s'excluent pas les unes les autres.

La mondialisation en question

Peut-on amender le mondialisme et y mettre des barrières protectionnistes ?
Le fonctionnement qui a prévalu jusqu'alors donne des arguments aux nationalistes étatistes.

Cependant, il n'est pas possible de brider à l'heure actuelle le capitalisme mondialisé.

Faudrait-il le corsetter, interdire le trader court termiste ? Un trader de mes connaissances à la City de Londres est actuellement aux abois réduisant dangereusement son train de vie longtemps fastueux.
On ne peut corsetter le mondialisme car ce serait régresser.

Je n'ai jamais oublier que la mondialisation apporte des bienfaits à des milliards d'êtres humains du Sud et elle peut rester bénéfique au Nord.

L'étatisme veut retourner au vieil Etat qui contrôle tout sur un parcours calme mais lent.

Le bon Etat est celui qui est tourné vers l'avenir, sait dompter une bonne finance et donne un parcours moins heurté mais presque aussi rapide. Facile à énoncer bien sûr dans ce message-blog philosophico-économique...

La Finance en question

La finance "était" le carburant du moteur mondial. Si la finance devient sage et le crédit difficile à obtenir, où pourra-t-on trouver le moteur de la demande mondiale.

Que doit-il se passer ?

Rêvons alors d'un nouvel équilibre entre le marché et l'Etat. Au Sud, en faveur d'Etats inventeurs de modèles moins tournés vers l'exportation et basculant sur la demande interne, sociale notamment. Au nord, en faveur d'une régulation plus forte, plus égalitaire, mais, qui maintienne l'innovation, seule clé de son avenir.

Nous sommes dans le virage en plein dérapage. S'il y a des moments où, dans l'image, la civilisation peut retenir son souffle, nous y sommes. Et, c'est tant mieux.

Xavier ALGRET

samedi 25 octobre 2008

Ma réaction à vos réactions

L'envoi récent d'un pps, à l'origine reçu d'un ami, à un certain nombre de mes contacts et censé démontrer les excès atteints dans le domaine des avantages, matériels et financiers, des députés a donné lieu à plusieurs réponses à ma question : "Peut-on rire des hommes politiques ?". Ma question était sinon taquine du moins provocante. Quatre réactions par courriels interposés m'ont motivé à réflechir sur ce sujet. Quinze ans de vie associative au contact des politiques et notament des députés m'ont permis, à moi aussi, de développer mon propre raisonnement sur le sujet.

Je souhaite d'abord rappeler que, sur ce même blog, j'avais écrit un message intitulé "La grande duperie des élections municipales et générales" le 22 mars 2008. Ce précédent message assez court constitue déjà le premier étage du présent propos.

Toutes les grandes démocraties sont confrontées à une crise de la représentation. Partout, mais, pour l'occident et pour beaucoup en France, on constate une perte de confiance pour les dirigeants politiques. Partout les électeurs se sentent moins bien représentés. Mais, ce sentiment ne doit pas être réduit à une simple question d'opposition entre le peuple et les élites. La dénonciation de certains privilèges -"ils ont ceci et moi je ne l'ai pas"- demeure dans cette perspective un fait minoritaire.

1- Ce sentiment existe d'abord et avant tout parce que les sociétés ne sont plus organisées en classes avec des partis représentant des groupes sociaux bien identifiés. Et, c'est cette transformation qui crée une crise de la représentation.

2- L'explosion de la société de classes n'est pas seule en cause dans le discrédit total de la classe politique. L'augmentation du niveau d'éducation et son corollaire, l'amplitude de la demande et l'exigence adressée à la société politique constituent un deuxième facteur d'attente. Une capacité de jugement plus forte induit un potentiel de déception plus important.
Pour cette raison : expliquer l'origine de cette défiance par le seul isolement des élites politiques, c'est de la rhétorique populiste.

3- Un troisième grand facteur structurel est celui de la contre-démocratie, c'est à dire le développement de formes de "souveraineté négative".
Les démocraties d'aujourd'hui sont moins des démocraties de choix que des démocraties de défiance.
Il y a moins d'élections de candidats que de désélections de personnes que l'on rejette. J'invite à nouveau à relecture de mon message du 22 mars 2008. Ce mécanisme qui donne la préférence à une souveraineté négative provoque le creusement mécanique d'un écart entre société et gouvernement.

En France, l'exercice de la responsabilité politique fonctionne beaucoup plus mal qu'ailleurs.

1- Ceci s'explique en partie par la sacralisation de l'élection qui donne un blanc-seing a priori. J'invite à nouveau à relecture de mon message du 22 mars 2008. Ce phénomène est à l'oeuvre, par exemple, lorsque certaines personnalités politiques mises en cause par la justice font de leur retour devant les électeurs la véritable instance du jugement de leur action.

2- Le deuxième point fondamental réside dans la faiblesse de contrôle du législatif sur l'exécutif. La statistique du : "95 %" des lois sont décidées par l'exécutif - le gouvernement- est indiscutable. Chez nous, l'élection du président au suffrage universel le place au dessus du Parlement et l'a rendu, de fait, irresponsable. Ces déficits renvoient à une image sacrée de l'élection et à une tendance à restreindre le coeur de la démocratie non pas à une culture de l'activité démocratique mais à une sorte d'onction démocratique.

Cette contre-démocratie a ses vertus et ses pathologies. Sur son versant vertueux, c'est le citoyen vigilant, celui qui cherche à évaluer le pouvoir, à s'informer sur son action, et qui est prêt à juger cette action et à la critiquer. C'est le peuple surveillant, le peuple véto, le peuple juge.

Cette contre-démocratie joue un rôle positif au coeur :

- de l'activité réelle,
- des medias,
- des associations. Sur ce dernier point ma vie associative m'a permis de constater les forces de propositions que sont ces mêmes associations, loin des immobilismes craintifs et carriéristes des hommes politiques obsédés par leurs prébendes, le maintien de leur mandat, les avantages salariaux et pensions de retraite iniques.

Néanmoins, ces trois fonctions décrites ci-dessus concernant : l'activité réelle, les medias, les associations, peuvent aussi devenir des caricatures de la démocratie si elles se réduisent à la stigmatisation permanente d'un pouvoir que l'on construit en étant de plus en plus extérieur à la société, et si ce peuple véto devient une souveraineté négative destinée à "sortir les sortants". Je vous invite à nouveau à relecture de mon message du 22 mars 2008. Là, on tombe dans le populisme. De même que la volonté générale doit trouver son équilibre entre le souci du bien commun et le risque de la tyrannie de la majorité, la "contre-démocratie" oscille entre développement d'une activité citoyenne pleine et entière, et pathologie populiste.

Cela dit, nous devons rompre avec ces visions déclinistes qui présentent le citoyen comme un veau passif manipulé par des gouvernements corrompus et insouciants du bien commun.

Xavier ALGRET

samedi 11 octobre 2008

Ma réflexion positive sur la Crise considérée à l'aune de mon métier...

Depuis septembre 2007 sur ce blog, il a fréquemment été question de cette crise dont les explications ne tiennent pas uniquement au phénomène « subprime ».
Lorsque mes clients investisseurs particuliers connus depuis quelques mois ou depuis douze ans m’interpellent sur la crise actuelle, je commence toujours par un rappel synthétique pour la meilleure compréhension possible.

La crise des « subprime » américaine

Le marché américain du logement progressant continûment depuis des décennies, certains établissements spécialisés ont développé une activité de crédit à destination des ménages américains les moins favorisés, en consentant des prêts à la consommation à taux variable garantis par une hypothèque sur la résidence principale ; pensant répartir le risque, ils ont converti ces créances « subprime » en titres obligataires souscrits par de nombreux investisseurs institutionnels alléchés par une diversification importante et la contre garantie de rehausseurs de crédit. Durant le premier semestre 2007, l’immobilier américain cesse sa progression alors que les taux augmentent.
Le nombre de familles ne pouvant faire face à leurs mensualités s’accroît alors que la valeur des biens diminue, la proportion de crédits en défaut monte en flèche.

La titrisation démasquée après trente cinq ans de "maquis"

Le monde de la finance découvre avec stupeur que la titrisation des créances, plutôt que de répartir le risque, l’a au contraire disséminé. Dans l’incapacité de savoir rapidement et précisément qui détient des créances douteuses sur l’immobilier aux Etats-Unis, les banques commencent à douter d’elles même, au moins des autres.

La crise dure parce qu'elle concerne désormais l'ensemble des crédits et non plus seulement le cadre étroit des crédits immobiliers à risque américains. Tous les types de crédits (automobiles, à la consommation, etc.) qui avaient été titrisés sont désormais touchés, soit un marché de plusieurs dizaines de milliers de milliards de dollars, très supérieur à celui du seul compartiment des subprimes (1 300 milliards).
Le ménage américain modeste qui a emprunté pour s’acheter son réfrigérateur ou sa cuisinière est obligé de vendre sa maison dévaluée pour rembourser…
De la même façon, elle n'affecte plus seulement les établissements qui avaient accordé des crédits immobiliers à risque aux Etats-Unis. Elle touche tous les acteurs financiers qui ont investi, par le biais de la titrisation, dans les marchés du crédit (banques, hedge funds, assureurs, fonds de pension, fonds communs de placement...).

Je me souviens tout particulièrement du 10 août 2007 lorsque en vacances en Charente maritime, j’entendis l’annonce d’un certain nombre de questionnement sur la solvabilité des banques alors que des remous étaient perceptibles sur les marchés boursiers internationaux. Je relativisais. Néanmoins, je connaissais depuis mes études sociales et économiques les limites du capitalisme financier du profit à tout prix et de la titrisation ; une titrisation à outrance débutée vers 1970, à la fin de ce que l’on appelle les
« trente glorieuses ».

La crise de confiance des banques

La méfiance se généralise alors, le crédit interbancaire se tarit. Les grandes banques centrales se concertent pour injecter massivement des liquidités et la Réserve fédérale américaine mène une stratégie de baisse spectaculaire de ses taux d’intérêt. Rien n’y fait et les concours à l’économie se raréfient, faisant peser des menaces de ralentissement sur la croissance mondiale. Le système est grippé sans que l’on sache pour l’heure combien de temps il mettra à se relever complètement.

Les Fonds souverains échaudés

Après s'être portés au secours l'an dernier des fleurons de la banque occidentale, les grands fonds souverains des pays émergents et du Golfe sont aujourd'hui en position d'attente (voir notre message du 22 février 2008). Ils devaient profiter de prix « à la casse » pour acheter à bon compte les fleurons de la finance occidentale. Les fonds souverains pansent aujourd'hui leurs plaies et préfèrent pour la plupart se tenir à l'écart du secteur bancaire. Leurs pertes sur leurs investissements dans la finance devraient cependant rester limitées.

Les faillites et les craintes pour l’avenir

La plus grande faillite de l’histoire américaine a lieu le 16 septembre 2008 avec la chute de Lheman Brothers. Anecdote terrible parmi tant d’autres qui seraient de nature à annoncer des jours encore plus funestes par leurs répercussions sur l’économie réelle.

Si aucune banque au monde ne peut désormais se sentir à l’abri, on peut relativiser en admettant que les banques aujourd'hui les plus exposées et les plus fragiles sont aussi celles qui étaient hier les plus actives et les plus puissantes sur les marchés financiers. C'est le cas des grandes banques d'investissement de Wall Street (Morgan Stanley, Merrill Lynch, Goldman Sachs...) qui exerçaient une domination sans partage dans ce domaine d'activité.

Les banques européennes, si l'on excepte les grands établissements suisses (UBS, Crédit suisse), étaient beaucoup moins spécialisées, ce qui aujourd'hui les protège. Au moins en partie. Elles bénéficient aussi de leurs activités de banque de détail qui, elles, restent très rentables et qui leur permettent d'éponger les pertes qu'elles ont pu subir avec leurs investissements hasardeux sur les marchés des « subprime ». De façon plus spécifique, les banques françaises possèdent, en outre, des ratios de solvabilité élevés, ce qui leur garantit en théorie une bonne résistance face aux chocs financiers.

Les craintes ont ensuite porté sur les compagnies d’assurances comme AIG finalement nationalisé. La première compagnie mondiale d’assurances : AIG, dont le portefeuille d'actifs était lui aussi massivement investi en valeurs "titrisées" a été ruinée par une petite filiale londonienne qui a souscrit massivement des contrats d'assurances contre le risque de non remboursement d'émissions obligataires ("Credit Default Swaps").

"Les marchés, lorsqu’ils sont livrés à eux-mêmes, sont susceptibles de se laisser aller jusqu'aux extrémités de l'euphorie comme du désespoir", écrit le financier milliardaire américain George SOROS, dans son ouvrage La Vérité sur la crise financière (Denoël). On a connu par le passé ses talents d’anticipation sur les marchés. Il sait de quoi il parle.

Pourtant, si cette crise financière est de l'avis des experts sans doute la pire depuis la grande crise de 1929 qui avait fait s'effondrer Wall Street de 46 % en deux mois, jusqu'ici, les marchés tiennent. Techniquement, un krach correspond à une baisse de plus de 10 % d'un indice en une séance. Or, à New York ou en Europe, les pires épisodes de panique se sont jusqu'ici traduits par des baisses relativement canalisées à moins de 7 %. Depuis le krach de 1987, il existe des garde-fous qui empêchent les marchés de reculer trop vite, trop fort. En outre, l'abondance de liquidités mondiale, provenant notamment des pétrodollars et des injections d'argent par les banques centrales, évite des purges trop violentes.

Cependant la semaine passée, du 6 au 10 octobre, avec des reculs de 20% sur de nombreux indices, nous rapproche des krachs de 1929 et 1997. Le CAC 40 a même reculé de 22,5 % du 6 octobre au 10 octobre ! Le spectre du krach est tout de même très présent.

Aujourd'hui, les investisseurs parlent davantage de "krach rampant". C'est-à-dire d'une baisse continue du marché, sans rebond. Depuis janvier, la Bourse de Paris a ainsi reculé de 25,74 % perdant ainsi ¼ de sa valeur, et celle de New York de 17,70 %. Les places des pays émergents relativement épargnées n'échappent pas non plus à la correction. Les places de Shanghai et de Bombay ont perdu 61,72 % et 34,77 % de leur valeur en neuf mois. Aujourd'hui, la plupart des investisseurs s'attendent à ce que ce mouvement de baisse généralisée se poursuive, compte tenu de la détérioration de la situation de l'économie réelle. Moins de croissance, donc moins de profits pour les entreprises.

La rareté et l’augmentation des prix des matières premières, les émeutes de la faim PUIS l’excès de baisse sur ces mêmes cours

Parallèlement et dans le même temps mais encore depuis un certain nombre d’années, pétrole, fer, charbon, cuivre, acier, blé, riz, maïs, lait ; ces biens autrefois pléthoriques se sont raréfiés. La demande ayant été très soutenue dans les pays émergents et l’offre raréfiée, leurs prix se sont envolés, poussant parfois de manière spectaculaire les consommateurs citoyens à moins consommer et les entreprises à s’adapter.

Ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Bonne nouvelle peut-être pour les consommateurs. Depuis le printemps, les céréales avaient déjà quitté leurs sommets. Mais, jusqu'à présent, leur repli, qui succédait à la flambée générale des cours, était qualifié de simple "correction". En septembre, les prix internationaux du blé se sont ainsi inscrits en baisse de 7 % par rapport à leurs niveaux d'un an plus tôt, le cours du maïs a aussi beaucoup perdu, mais restait de 44 % supérieur à celui de septembre 2007. La baisse était due aux très bonnes prévisions de production mondiale pour 2008, ainsi qu'au recul du pétrole. Cette phase de correction semble depuis quelques jours maintenant, se transformer en une phase d’excès de baisse sur les cours des matières premières agricoles, sans toucher complètement le pétrole, en baisse lui aussi.
La corrélation entre baisse du marché des actions et hausse des matières premières agricoles était vraie tant que la crise n'était pas majeure.
Les investisseurs se détournent de ces marchés, craignant une chute de la demande globale de céréales, due au ralentissement économique. D'un point de vue structurel, les matières premières agricoles devraient rester fermes, comme l'énergie, mais pas les métaux, vu les interrogations qui pèsent sur la demande chinoise.
Après les émeutes de la faim du printemps, on peut s'inquiéter des conséquences de la crise financière, qui risquent de freiner les investissements et donc la production. Les efforts réalisés ces derniers mois pour endiguer le phénomène pourraient être anéantis. En attendant, la baisse des cours ne soulage pas encore les consommateurs des pays pauvres, touchés par la hausse des prix. Cependant, l'impact le plus important de la crise financière concernera peut-être l'incapacité à augmenter l'aide humanitaire pour réduire les incidences négatives des hauts niveaux de prix.

En France

Selon le baromètre TNS SOFRES à paraître semaine 42, le moral des ménages français est en baisse. Ce sentiment est surtout massif dans les classes moyennes, en particulier celles qui ont les revenus les plus modestes et les niveaux d’éducation les moins avancés. Elles voient la crise comme le résultat d’une dégradation constante depuis plusieurs années, surtout depuis dix-huit mois. Pour elles, la crise est devenue la norme. Il faut s’y adapter. Or, ces groupes subissent de plein fouet la baisse du pouvoir d’achat, car ils n’ont plus accès aux biens qui leur donnaient un sentiment de distinction. Ils ont réduit leurs loisirs, rogné sur l’équipement et, depuis un an, ils doivent comprimer leurs dépenses de nourriture. Ils ont même emprunté pour manger. D’où une angoisse terrible et une poussée de violence, notamment perceptible par les incivilités en milieu professionnel. C’est pour les maintenir dans l’univers consumériste que les grandes marques changent leur stratégie et proposent des produits «éco».

Une crise qui pourrait donc être salutaire car cette dernière force et pousse à l’innovation et aux appels aux changements… Il pourrait ressortir de cette crise un rebond moral dont seul un ressor politique « messianique » pourrait être la cause. Il faut l’espérer pour nos civilisations. Et l'homme ne vit pas seulement de pain...

Xavier ALGRET

samedi 4 octobre 2008

"Nous lui devons la liberté"

est le titre du nouveau livre de Denis LENSEL.
Ce blog se fait régulièrement écho de ses dernières parutions.
Denis LENSEL est aussi un ami proche, dont la franchise, toujours intacte, équivaut à exposer sa carrière d'intellectuel aux exigences du politiquement correct. J'ai plaisir à le recevoir plusieurs fois l'an chez moi, en anjou, où il aime venir se reposer, lire et écrire.

Denis Lensel (né en 1954) est un journaliste français spécialisé dans les questions de religion, de famille et d'éducation. C'est également un spécialiste des Pays de l'est dans lesquels il a passé de très nombreux et longs séjours de Prague à Vladivostoc. Il est auteur ou coauteur de plusieurs ouvrages, comme Le passage de la mer Rouge : le rôle des Chrétiens dans la libération des pays de l'Est (1991), L'irruption de la grâce (1996), Le levain de la Liberté (1996) : les totalitarismes et l'Eglise au XXème siècle (1997), Génération JMJ (1997), Pour guérir des médecins proposent... (1998), La pensée unique : le vrai procès (1998), La famille à venir : une réalité menacée mais nécessaire (2000), Jean-Paul II vu par... (2001), Les autoroutes du mal (2001), Insupportables catholiques — du bon usage d'une discrimination négative (2006). En avril 2007, il publie aussi Atout famille, qui vient à nouveau souligner le rôle moteur de la Famille dans la société.

Denis Lensel a été journaliste au Quotidien de Paris (Groupe Quotidien) au début des années 1990 et a longuement collaboré à la chaîne de télévision KTO comme critique littéraire. Il a également connu plusieurs radios à l'exemple de France Culture. Il a régulièrement écrit ces vingts dernières années dans Le Figaro, Le Point, Valeurs Actuelles, Famille Chrétienne, l'Homme nouveau, Liberté politique, la Liberté de Fribourg... Conférencier international, il passe aisément du salon d'une ambassade à la traversée virile de la Sibérie ou encore à une promenade dans un Beyrouth au climat plutôt tendu. Il se situe loin des polémiques traditionnalo-progressiste à la française. Il a suffisemment voyagé pour voir et savoir que l'Eglise (catholique) et la chrétienté en général, était surtout autre chose que notre exception française et ses polémiques excessives sur la Vendée, Robespierre ou Vichy. Il est aussi Secrétaire général de l'Association des écrivains catholiques de langue française, fondée en 1886. Il prend ainsi la suite d'illustres prédecesseurs à l'exemple de Jacques MARITAIN. Cette association décerne chaque année le Grand Prix catholique de littérature.


Paru le: 22/08/2008
Editeur : Salvator
ISBN : 978-2-7067-0588-5
EAN : 9782706705885
Nb. de pages : 213 pages
Poids : 340 g
Dimensions : 15cm x 22,5cm x 1,8cm

Jean-Paul II a consacré ses dernières forces à la réconciliation de l'Église catholique et du monde orthodoxe, en se rendant en Roumanie, en Géorgie, en Grèce, en Ukraine, en Bulgarie et jusqu'au Kazakhstan postsoviétique, ancien Goulag des victimes du communisme. À l'appui de faits observés sur place, ce livre raconte comment ce pape a remué les consciences, en sacrifiant sa santé. Nous lui devons la liberté ! " : dans tous ces pays, cette expression a été prononcée par des intellectuels, des chefs politiques et des religieux orthodoxes. Après avoir fortement contribué à la libération des peuples de l'Est, Jean-Paul II a mené un nouveau combat, pour la paix entre chrétiens, au sein d'un monde en proie au terrorisme international. Au-delà des réticences de l'Eglise orthodoxe russe, malgré préjugés et maladresses réciproques, ce pèlerinage de la réconciliation entre chrétiens d'Occident et d'Orient a rencontré un accueil de plus en plus favorable après mille ans de séparation. C'est cette route que Benoît XVI poursuit actuellement, devant des interlocuteurs plus ouverts.

On peut trouver sur le site de ZENIT, agence de presse, une interview de Denis LENSEL au sujet des développements de ce livre. La deuxième partie de l'interview est accessible à partir du lien dans la collonne de droite.

www.zenit.org/article-18901?l=french

samedi 20 septembre 2008

Benoit XVI en visite en France

La France la plus négativement critique a beau développer ses raisonnements ; la visite de Benoît XVI est une visite qui a marqué, qui marque et qui marquera l’avenir. Succès total.
Succès total parce que la réalité de cette visite a dépassé les rêves les plus fous de ceux qui en espéraient un retentissement.

Les auditoires

Sans doute le Pape a-t-il rencontré des auditoires très différents où les âges se mêlaient ainsi que les conditions sociales. Mais il est très remarquable qu’à peu près partout, la jeunesse dominait. C’était vrai sur les quais de Seine, à la grand-messe sur l’esplanade des Invalides ainsi qu’à Lourdes. Je l'ai moi-même vérifié à Paris partout où le Pape passait. Des messes parcourues par des silences assez traditionnels pour les habitués des messes papales mais qui continuent d’impressionner à chaque fois. Le silence de plusieurs dizaines de milliers de personnes précipite tout participant à ces messes, tout curieux de passage dans l’introspection et, pour le chrétien, dans la prière ou encore la contemplation.
Cette Église de France, que l’on décrivait presque comme moribonde, avec des assemblées de personnes âgées et sans grand espoir de transmission de la foi, s’est brusquement révélée aux couleurs de la jeunesse. De ce point de vue, le sommet fut atteint lors de la nuit du vendredi au samedi, lorsque des dizaines de milliers de jeunes partirent de Notre-Dame vers l’esplanade des Invalides. On a calculé que 60 000 jeunes avaient dormi - ou pas dormi ! - sur l’esplanade en attendant la messe du lendemain… Il y a eu la génération Jean-Paul II qui comme moi avait 15 ans en 1980 et 40 ans à sa mort. On peut peut-être parlé de la Génération Benoît XVI.
À ce sujet, on a même rapporté que le Saint-Père avait confié sa joie. Il ne s’attendait pas lui-même à cette réalité qui lui a été rendue sensible dès sa sortie des Bernardins et même pendant les vêpres à Notre-Dame. Lorsqu’il a traversé la cathédrale pour retrouver le parvis, il a salué de véritables cohortes de séminaristes, de jeunes religieux et religieuses, souvent enthousiastes.

La supériorité intellectuelle

Et que dire des textes de Benoît XVI, de ses discours et homélies. L’éblouissante supériorité intellectuelle du pape ne fait plus aucun doute, et elle est bien au-dessus des limites des théologiens du siècle passé. Elle est une chance inouïe pour le catholicisme que l’on voit à nouveau dynamique et conquérant.

Le Discours des Bernardins

Que ne pourrait-on dire de l’extraordinaire Discours des Bernardins auprès du monde de la culture. Plutôt que de faire un discours général sur la culture, Benoît XVI est entré dans l’intelligence d’une culture en train de se constituer. Relisons la conclusion du Saint Père : « Une culture purement positiviste, qui renverrait dans le domaine subjectif, comme non scientifique, la question concernant Dieu, serait la capitulation de la Raison, le renoncement à ses possibilités les plus élevées et donc un échec de l’humanisme, dont les conséquences ne pourraient être que graves. Ce qui a fondé la culture de l’Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à l’écouter, demeure aujourd’hui encore le fondement de toute culture véritable. »
Aux Bernardins, l’Université était représentée ainsi que l’Institut qui devait d’ailleurs recevoir le Saint-Père le lendemain sous la Coupole. Mais il y avait aussi quantité d’intellectuels, d’éditorialistes, de romanciers, d’artistes. Il y avait des chrétiens bien connus, mais aussi des incroyants non moins connus. Il y avait pluralité d’appartenances confessionnelles. Parfois c’était de vraies surprises. On ne s’attendait pas à trouver là telle romancière à la réputation ambiguë. Pourtant les uns et les autres se montrèrent unanimes dans leurs applaudissements et la véritable admiration qu’ils manifestèrent pour cet homme d’exception. Tous avaient attendu longtemps le Saint-Père. Près d’une heure et demie. Mais dès que la simple rumeur de son arrivée s’annonça, ce fut à nouveau ce fameux silence impressionnant. Et l’on put suivre par la suite sur les visages la véritable passion éprouvée à écouter ce discours. Certes, il fut sans aucun doute reçu de façons très contrastées. Les théologiens et les philosophes goûtaient leur bonheur, de même que certains spécialistes de l’Histoire médiévale. Pour d’autres, l’exercice était plus difficile. Il est possible que quelques-uns aient été complètement décontenancés.
Peu importe: il y avait unanimité dans l’intensité de l’écoute.

La liturgie

Pour en revenir à la cérémonie des Invalides, on soulignera la beauté de la liturgie. À ce propos, on a pu constater les aménagements nouveaux que le Saint-Père a conçus notamment avec ses céré­moniaires. Le Motu Proprio n’a pas eu pour seul effet de faciliter la célébration du rite dit extraordinaire. Il provoque la confrontation fructueuse de la liturgie tridentine et de la liturgie post-conciliaire. Selon le vœu du Pape, cela conduit à un approfondissement et à un enrichissement mutuel. À Lourdes, à cause du caractère multinational de l’assemblée, le canon de la messe fut même chanté en latin. Cela n’indisposa personne et on comprit l’intérêt d’une langue commune en de telles circonstances. On peut dire encore que la cérémonie des Invalides fut une manifestation importante pour les chrétiens de la région parisienne qui purent constater la force de leur communion.

Laïcité positive, Eglise de France, Nicolas SARKOZY et Benoit XVI

Aujourd’hui, les catholiques sont toujours minoritaires, mais nettement plus influents dans la société qu’ils ne l’étaient à la fin du XXe siècle. Nicolas Sarkozy, semble t-il, en a pris conscience, avant bien d’autres. Cela n’en fait pas un converti, certes, mais pour lui, les croyants sont l’une des forces vives de la France. À l’Élysée, le 12 septembre, Benoît XVI a salué la
« belle » expression de laïcité positive, employée par le Président au Latran. Pourquoi cet encouragement pontifical ?

Le chef de l’État a compris que la part spirituelle et religieuse de l’homme était partie constituante de la stabilité, de l’unité et de la prospérité d’un peuple. Il fait le pari qu’une partie des musulmans sur lesquels il s’appuie, et surtout que les chrétiens, et en particulier les catholiques, occupent désormais une place centrale pour l’avenir de la France. Le candidat, puis le chef de l’État a intégré dans sa problématique politique personnelle cette évolution profonde. Son succès aux élections présidentielles procède en partie de cette analyse et des conclusions pratiques qu’il a su en tirer. Sa stratégie ne consiste pas à instrumentaliser les religions à son profit contrairement aux reproches que certains lui font. Pas plus que le pape, faisons lui le crédit qu’il ne cherche pas à confondre les genres. Il sait que la confusion du religieux et du politique revient à les détruire mutuellement. Pour lui comme pour Benoît XVI, leur fécondité repose sur leur claire distinction. En revanche il sait que l’espérance que porte le christianisme est consanguine à l’identité française au-delà de toutes les vicissitudes de notre histoire. Le sentiment religieux fait pour lui partie de la réalité française et il sait que la France en a besoin, non seulement comme rempart contre la montée des fanatismes, mais aussi parce les chrétiens diffusent une générosité et une espérance positives dans une société où les repères se délitent et où l’individualisme se répand. C’est pourquoi il est prêt à favoriser leur expression libre dans la mesure où celle-ci ne remet pas en cause les fondamentaux de la République.

Beaucoup de chrétiens n’ont pas intégré ces changements profonds. L’Église de France, qui doit gérer des problèmes d’intendance difficiles et qui ne veut pas soulever de remous dans l’opinion, a accueilli les propos de Nicolas Sarkozy et du Pape avec une circonspection toute gallicane. Quant aux laïcs, confrontés à une société qu’ils estiment plus hostile qu’elle ne l’est à leur présence, et dubitatifs sur les véritables intentions du président de la République, ils demeurent, même satisfaits, plutôt prudents.

Depuis des siècles, jamais Paris et Rome n’ont tenu un discours aussi proche.

On était loin du premier voyage de Jean-Paul II en France en 1980 où la messe avait eu lieu sur un terrain d'aviation désaffecté au Bourget. Une messe et une homélie dont la question "France, fille aînée de l'Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ?" a résonné dans l'Eglise de France durant plus de vingt-cinq ans.
L'écho surpuissant de la voix de Jean-paul II le Grand a du retentir à travers le siècle car cette fois-ci Messe et homélie avaient lieu sur l'Esplanade des Invalides...

La personnalité du Pape BENOIT XVI

Enfin attardons nous sur la personnalité du Pape. On croyait le bien connaître. Pourtant, je dois constater que ces quatre journées à Paris et à Lourdes m’ont permis de le mieux comprendre, et presque parfois de le découvrir. On savait quel théologien profond et érudit il est. On peut relire à cet effet le livre interview du Cardinal préfet de la Congrégation pour la Foi qu'il était : "Voici quel est notre Dieu". On connaissait sa grande simplicité. Mais il semble que le fait d’avoir endossé la responsabilité suprême dans l’Église lui ait apporté comme une autre dimension grâce à laquelle toutes ses qualités ont été comme perfectionnées, dans un processus d’achèvement de lui-même. Tous ceux qui l’ont vu et écouté, ont été frappés par son extrême douceur, qui n’exclue pas l’autorité au sens vrai du terme. Même lorsqu’il énonce des principes durs à intégrer, il le fait de telle façon, très intérieure, qu’on a le sentiment d’être plus en présence d’un grand spirituel que d’un chef. Cela était notamment sensible lors de sa rencontre avec la Conférence épiscopale des évêques de France. Sur le fond, Benoît XVI n’a fait aucune concession, et à certains égards, on aurait pu le trouver sévère. Mais la façon dont il a énoncé les exigences évangéliques le mettait toujours du côté des Béatitudes.
C’est bien pourquoi on peut penser que cette première visite en France a vraiment permis aux Français de faire la connaissance du successeur de Jean-Paul II. On a suffisamment insisté sur la différence des tempéraments entre les deux hommes pour ne pas y revenir. Mais un préjugé est tombé. Benoît XVI, devant n’importe quel auditoire, a autant de présence que Jean-Paul II. Il est écouté avec la plus grande attention. Il faut dire à ce propos que la parfaite maîtrise qu’il a de notre langue lui confère une qualité d’écoute exceptionnelle. Il a ainsi montré devant les auditoires les plus divers comment il pouvait s’adresser à chacun de façon à être parfaitement compris. Il s’est fait comprendre devant les hommes politiques et les corps constitués à l’Élysée. Il s’est fait comprendre devant le public d’intellectuels et d’artistes des Bernardins. Il s’est surtout fait comprendre des centaines de milliers de fidèles durant ses homélies et ses méditations spirituelles.
Les Français connaissent donc désormais ce Pape. Il sera difficile de reprendre les vieux clichés qui lui avaient été collés comme défenseur intransigeant de la doctrine - ce qu’il est certes, mais sans la dureté qu’on lui prêtait. On saura désormais que c’est d’abord un homme intérieur, au sens où saint Paul l’entend, qui peut parler avec autorité, parce que cette autorité lui vient d’un Autre. Surtout, le message qu’il a la charge d’annoncer, il le rayonne en sa personne. Il est évident que tous les audi­toires qui l’ont rencontré ont été également marqués par cette personnalité qui est aussi hors du commun que pouvait l’être celle de Jean-Paul II.

Ces auditoires étaient près de 260 000 personnes aux Invalides et plus de 150 000 à Lourdes. Sans compter les millions de personnes, croyantes ou curieuses qui ont regardé et écouté ces événements retransmis en direct par toutes les grandes chaînes de télévision et les radios.

Lourdes, son 150ème anniversaire des apparitions et sa mystérieuse histoire étaient la première raison de cette visite du Pape en France.

samedi 6 septembre 2008

Le bonheur simple des vacances en famille : R.A.S

Nos étés ont eu depuis notre mariage et durant plusieurs années les cadres du sud-ouest toulousain et albigeois de mon épouse, entrecoupés de ceux de nos séjours balnéaires de mon Italie maternelle ou de mon Berry paternel, mais aussi ceux des Alpes trois années de suite puis, celui du Maine et Loire suite à l'achat de notre ancien presbytère et ses travaux, ceux de la Charente Maritime, la Bourgogne et enfin les cadres de cette fascinante terre cévenole et lozérienne. Terres cévenoles et lozériennes qui n'ont rien à envier aux spectaculaires paysages alpestres dans un registre différent. Et puis, régulièrement et depuis dix ans, nous avons apprécié le cadre des plages du littoral Atlantique et breton à tout juste plus d'une heure de chez nous.
Le tout, toujours dans de superbes paysages et dans des maisons, manoirs ou chateaux qui concourent au dépaysement.

Difficile pour moi de me souvenir de tous ces temps forts de manière exhaustive et de ces innombrables moments de bonheur. Il y a toujours un de nos enfants à se remémorer un détail passé dont je ne me souviens ou encore un détail qui m'était inconnu.

Autant de vacances d'été à adapter au nombre croissant de nos enfants durant ces seize années de mariage. Six enfants aujourd'hui dont les âges se superposent et obligent les parents à faire face à la question essentielle : comment vivre au mieux l'esprit de famille tout en permettant de respecter la liberté de chacun d'entre eux ? L'expérience de nos propres enfances, heureusement heureuses, mais aussi l'expérience nouvelle des parents que nous sommes devenus nous indiquent quelques recettes. En dehors des recettes classiques, d'autres plus particulières qui ne peuvent faire école car toute famille est différente ne serait-ce que du point de vue socio-culturelle.

Sur ce blog et l'année passé, j'écrivais quelques lignes toujours d'actualité concernant les vacances d'été :
"Les enfants et parents, selon notre opinion, doivent savoir se retrouver uniquement entre eux. C’est dans ce dépaysement géographique et humain que se tissent des relations privilégiées, que se renforcent les liens familiaux, que peuvent aussi se panser les blessures apparentes ou enfouies après une année professionnelle ou scolaire difficile. Quand tout le monde est détendu, on communique plus facilement, on renforce les liens entre nous. C'est le moment des retrouvailles et de temps de partage plus intense. La présence du père déconnecté de tout et connecté uniquement à sa famille est aussi, comme peut l’être celle de la mère dans son rôle, l’arc tendu vers l’avenir, ses enfants pour flèches."

Cette année nous avons vécu, selon moi, des vacances éparses, ce qui me laisse à penser que j'ai perdu mes repères. En fait, j'ai vieilli et mes enfants ont grandi. Ma fille aînée est partie avec des amies chez l'une d'entre elles en Normandie dans une belle maison pourvue de piscine. Elle est ensuite partie travailler en Vendée à garder un enfant d'amie. Elle est encore partie avec ses amies comme hospitalière attachée aux malades en pélerinage à Lourdes.

Mon fils aîné est parti trois semaine en camp scout à Lourdes et dans les Pyrénées. Les autres ont vécu leurs camps louveteaux.
Comme chaque année un de mes enfants a séjourné trois semaines en Italie avec ses grands-parents. C'était cette année le tour d'Apolline.

Un sentiment de vacances éparses depuis le début des congés scolaires alors que j'étais encore plongé dans mes activités professionnelles. Vacances éparses à Saint Maur des Fossés où les enfants sont passés en "mode vacances" bien avant moi. Découverte ou re-découverte par mes enfants de Paris lors de multiples sorties.

Eté musical aussi puisque nous avons pu assister à pas moins de sept concerts de jazz, de "Jazz à Vienne", au sud de Lyon, au "Paris Jazz festival" de Vincennes.
Nous avons vécu la musique comme une véritable rampe de lancement à nos vies spirituelles. Mozart certes, mais aussi Sonny Rollins, vu et entendu cet été à Vienne avec mon fils aîné, nous ont guidé sur ces voies. Voir à cet effet et sur ce blog dans la rubrique "Musique" les récits de ces fabuleuses aventures musicales.

Ces vacances nous ont aussi permis de revoir de nombreux amis de la région parisienne dont certains non rencontrés depuis plusieurs années. Joie des retrouvailles entre parents. Joie des retrouvailles de nos enfants qui se re-découvrent plus grands.

Et puis, il y eu notre séjour à Noirmoutier, Barbâtre, avec les cousins "préférés" durant lequel une seule journée suffit à vous bronzer pour deux mois. Onze enfants au total dans une maison en pleine pinède et bord de plages. Onze enfants qui se retrouvent régulièrement chaque été depuis quatre ans et qui curieusement s'entendent à l'unisson, répartis chacun dans une de leurs trois classes d'âges. Véritable cure d'iode brinquebalée par les rouleaux des marées à fort coefficient qui auraient mérité "drapeau rouge" si la baignade avait été surveillée.
Un bonheur familial à l'état pur malgré les contraintes et difficultés inhérentes à toutes vies humaines : ces amertumes sans lesquelles ces moments de bonheur en deviendraient banals.

Un bonheur que j'avais amplement commenté l'année passée sur ce blog mais que je me refuse à décrire cette année "tant les mots sont dérisoires" pour plagier l'expression devenue proverbiale.
Je vous souhaite, chers parents, chers amis, une bonne rentrée ou une bonne continuation de rentrée, selon.

Xavier ALGRET

mercredi 13 août 2008

Suite et fin de nos concerts estivaux et festivaliers...

C'est donc Stefano DI BATTISTA qui cloturait le 27 juillet, le Paris Jazz Festival et ce week-end "Jazz et étoiles" durant lequel se produit des artistes à forte notoriété.

Pour Stefano Di Battista, l’essentiel est de tout dire. Il ne manque pas de notes, de tempo et d’audace. Après avoir collaboré avec le batteur compositeur Aldo Romano, il devient l’un des solistes vedettes de l’ONJ (Orchestre National du Jazz), puis intègre le sextet de Michel Petrucciani. En 1997, Stefano crée son propre groupe, un quintet et sort un premier album, Volare. Suivent les tournées, le contrat avec le label Blue Note (1998), puis un superbe disque où il est accompagné par Elvin Jones, le batteur mythique de John Coltrane. En totale empathie avec ses accompagnateurs, Stefano ne chronomètre jamais le temps de leurs solos ; ils ont droit à toute la place qu’ils souhaitent. Arriver à écouter véritablement l’autre est pour lui la meilleure des écoles. Il faut être ouvert pour recevoir les plus minimes révélations de l’art. L’âme du jazz, c’est l’amour de l’inouï.

Il était accompagné de Greg Hutchinson à la batterie mais encore de l'extraordinaire et jeune Fabrizio Bosso à la trompette. Fabrizio Bosso n'est pas un faire valoir de Stefano DI BATTISTA, c'est un virtuose à part entière. Son utilisation du cône de sourdine wah wah reste parcimonieuse et sensible. Baptiste Trotignon n'en n'est pas moins impressionnant à l'orgue Hammond : c'est un homme orchestre ! Jugez plutôt : derrière l'homme, un cabinet de bois renferme un haut-parleur rotatif également appelé "Leslie Speaker". Il contient un haut-parleur pourvu de deux trompes sur plateau tournant et dont la vitesse est modulée grâce à une pédale. Cet effet tire donc son efficience de la fonction mécanique. L'effet est saissisant, le son se répandant par vagues. Mais mieux : tout comme les Doors en leur gloire californienne, Trotignon joue les parties de basse sur un de ses claviers et ç'en est totalement bluffant !

Stefano di Battista et Fabrizio Bosso ont donc fourni une prestation époustouflante. Le duo formait vraiment le fil rouge de ce concert exceptionnel, dont on pourrait se dire, moyennant deux bonnes œillères, que la musique est produite par six ou sept musiciens. Il n'en est rien puisque ce petit monde est constitué de quatre personnes !



La fin du concert est à l'image de ces musiciens italiens : généreuse avec un long rappel, généreuse lorsque Stefano DI BATTISTA communique avec humour en français avec son public comme il l'a fait pendant tout son concert, généreuse lorsqu'il extirpe du public un enfant pour le faire monter sur la scène, généreuse enfin lorsqu'il fait venir sur scène, avant de nous quitter, les enfants de ses musiciens pour y être aussi applaudis. Stefano DI BATTSITA a lui-même dédié à son fils, né un mois auparavant, un très beau morceau. Toujours à l'image de cette générosité, il reviendra encore sur la scène alors que le public bat inlassablement le rappel. Il explique tout en s'excusant qu'il doit aller manger. Une sensibilité et une simplicité toute italienne et touchante chez un homme qui tutoie les sommets de son art.


En première partie de ce dernier après-midi et avant Stefano DI BATTISTA, il y eu aussi sur scène David MURRAY, un autre "grand" du jazz. A l’occasion de la réédition du label Black Saint entre 1979 et 1993, David Murray enregistre l’album Sacred Ground (sortie juin 2007), en compagnie de Cassandra Wilson et d’une rythmique constituée de deux de ses compagnons de l’époque, avec lesquels il est actuellement en tournée mondiale. Une tournée mondiale qui passait par Paris. Black Saint un nom de label italien qui laisse déjà entendre ceux qui se trament derrière. Dans leurs studios basés à Milan, les esprits de la Great Black Music ont gravé des traces pour la postérité. Du blues, du jazz, du gospel, il y a tout cela dans la musique de David Murray, saxophoniste natif de la côte Ouest, élevé dans le giron de l’Eglise, émancipé aux vents libertaires des années 70, statufié sur le toit du jazz qu’est New York dès les années 80. Depuis, il s’est installé Paris, d’où il est reparti en quête d’aventures sonores… Sans jamais chercher faire table rase du passé.



Suite de nos concerts estivaux et festivaliers...

Du 2 juin au 27 juillet, avait lieu le Paris Jazz Festival au Parc floral de Vincennes à 5 minutes de voiture de mon domicile parisien. Chaque week-end quatre concerts répartis sur les samedi et dimanche.

Le dernier week-end de festival a toujours pour thème « Jazz et étoiles » et rassemble toujours des artistes à forte notoriété. Comme l’année passée, une occasion de sortie pour toute la famille et ceux de mes enfants, jamais les mêmes en cette période d’été, qui étaient avec nous.
Le premier concert de ce dernier samedi se produisait le SF Jazz Collective. Il s'agit d'un « all-star », comme on dit, c'est à dire un orchestre constitué de grands solistes qui ont par ailleurs leurs formations et leurs projets propres.

Dans le SF JAZZ COLLECTIVE, du moins dans sa mouture actuelle, on trouve : Joe Lovano (ténor sax), Dave Douglas (trompette), Stefon Harris (vibraphone), Miguel Zenón (alto sax), Robin Eubanks (trombone), Matt Penman (contrebasse), Renee Rosnes (piano), et Eric Harland (batterie).


Le SF (comme San Francisco) possède des solistes de très haut vol, mais qui ne peuvent avoir, faute de temps dans un concert de ce type, qu’un moment limité par la nécessité de laisser aux autres la place et le temps pour s'exprimer. Il en résulte un son d'ensemble, une cohérence commune, qui se cherche un peu... Les musiciens nous ont quand même régalé de solos remarquables. Particulièrement Miguel Zenon, embraseur de sax alto, Stephon Harris, funambule du vibraphone, Robin Eubanks, sûrement l'un des meilleurs trombonistes du moment, et Dave Douglas avec des solos acérés et nerveux s'envolant brusquement dans les aigus. Joe Lovano semblait marcher un peu à l'économie tant on connaît le talent de ce musicien mondialement connu.
Les morceaux joués par le SF étaient pour grande partie des compositions de Wayne Shorter : « Armageddon », « Yes or No » réarrangés par les membres du groupe, ainsi que quelques compositions originales.


La deuxième partie était assurée par Steve COLEMAN & Five Elements. C’était, je l’avoue le moment que j’attendais le plus ce jour là. Steve Coleman (alto sax) était venu avec son groupe, les Five Elements, comprenant Tyshawn Sorey (batterie), Thomas Morgan (contrebasse), Tim Albright (trombone), Johnathan Finlayson (trompette), et la jolie autant que talentueuse Jen Shyu (voix).


De plus, Steve Coleman invitait, disposés de l'autre côté de la scène, Opus Akoben, un collectif de deux rappeurs originaires de Washington, Kokayi et SubZero, complétés de Jon Laine (batterie) et Ezra Greer (basse électrique).
11 personnes sur scène, dont deux sections rythmiques !
L'impression première est celle d'un continuum musical, composé d'éléments de nature hétérogène se superposant, se tuilant en couches ou en strates, comme des courants se composant à des vitesses et des intensités différentes, mais avançant ensemble, ou, à d'autres moments, se combattant ou s'opposant.
On trouve, entre autres éléments charriés par ces courants différents : de la musique contemporaine, de la musique indienne, africaine, du free-jazz. Toute une écriture contemporaine, exigeante et novatrice soutenue par une puissante et jubilatoire rythmique hip-hop. Mais il y eu aussi un standard, une reprise de toute beauté, murmurée au bord du silence, du « Soul Eyes » de Mal Waldron. Le public semblait parfois un peu réticent lors des passages les plus « difficiles » de Steve Coleman & Five Elements. En revanche, les interventions de Opus Akoben emportaient le morceau, et soulevait l'enthousiasme de tous, jeunes et plus agés.
C'est en effet un fascinant couple de rappeurs pas comme les autres, ces Opus Akoben. Comme dans tous les grands duos comiques, il y a le gros et le maigre, l'extraverti et l'introverti, l'intello et le rigolo, le chevelu (dreadlocks) et le chauve, etc...
L'un comme l'autre, en tout cas, font preuve d'une habileté vocale, d'une agilité et d'une virtuosité ébouriffante, sans aucune commune mesure avec ce qui passe pour rap ces derniers temps, et qui fait penser qu'avec eux, le rap rejoint les improvisations des plus grands « scatteurs » jazz.

Les techniques de composition de Steve Coleman sont inspirées pour la plupart de celles des compositeurs « classiques » : idées mélodiques en miroir, ou inversées, travail sur les intervalles, fugues, auxquels s'ajoutent une pratique très aboutie de la polyphonie et de la polyrythmie africaine. Pourtant, le saxophoniste avoue créer de la musique qui n’est pas destinée à être comprise mais plutôt à être ressentie. Le tout est mélangé à toute une philosophie mystique de la nature, des éléments et du sens de l'art au milieu de tout ça.
Vous avez tout compris, c'est très compliqué. Sauf que Coleman est aussi très attaché au ressenti de l'audience. Et c'est pourquoi sa musique est également très physique, toujours portée par nombre de musiciens "musclés", déployant des tonneaux d'énergie sans jamais compter.
On notera également la présence Jen Shyu, une très jolie chanteuse qui marie à la perfection sa voix légère et aérienne au tintamarre alternativement tellurique et solaire du reste de l'ensemble.

Vous l'aurez peut-être également compris, Steve Coleman vaut davantage le détour sur scène que gravé sur mini-galette. Je parle en connaissance de cause puisque je possède dans ma discothèque « Lucidarium » une galette inaudible pour oreilles non avisées. Pour les adeptes de répertoire plus traditionnelle, je conseillerai plutôt son dernier album dans lequel l’artiste esthète et puriste se retrouve seul avec son saxophone jusqu’à faire corps avec lui.



Les samedi et dimanche précédents, dans le cadre du week-end "Voix et couleurs", j'avais eu également la chance de voir et entendre SING FOR FREEDOM.

Cette création associe le big band de l’ARFI : La MARMITE INFERNALE et le NELSON MANDELA METRO CHOIR, chorale spécialement créée pour le projet, composée des choristes issus des grandes formations vocales de la région de Port Elizabeth en Afrique du sud. Autour des South African Freedom Songs, chants de lutte et d’espoir très populaires en Afrique du Sud, et de quelques chants français emblématiques (Chant des Partisans, Chant des Canuts), les musiciens de l’ARFI ont sorti de leurs chaudrons arrangements inédits et orchestrations exceptionnelles pour le NELSON MANDELA METRO CHOIR. Après une tournée en Afrique du sud en 2003 et 2 tournées à guichets fermés en France en 2004 et 2005, 1 CD, DVD, le tout salué par la presse nationale, c’est avec un immense plaisir que le spectacle Sing For Freedom reprenait la route cet été et passait donc par le PARIS JAZZ FESTIVAL.

Vu également sur scène ce jour là et toujours dans le cadre du thème "Voix et couleurs", Angélique Kidjo, originaire du Bénin. Elle est aujourd’hui un phénomène international dont chaque apparition est toujours un événement ! Tout au long de sa riche carrière, elle a collaboré avec des artistes internationaux tels que Santana, Peter Gabriel ou Gilberto Gil. Son grain musical très soul est unique. Il lui a valu d’être couronnée d’un Grammy Awards en 2008 pour son dernier album « Djin Djin » (produit par Tony Visconti, le producteur de David Bowie, Osibisa et des Rita Mitsouko et sorti en avril 2007 aux Etats Unis chez Razor & Tie/Starbucks). Son style résulte d’un mélange entre les traditions africaines de son enfance au Bénin avec des éléments de R&B, de funk, de jazz, mais aussi d’influences européennes et sud américaine.

mardi 12 août 2008

J'ai entendu parler d'Alexandre SOLJENITSYNE à l'âge de 9 ans et pour la première fois en 1973.

J’étais à Madagascar et la communauté française bruissait de mille rumeurs à son sujet et au sujet de l’Archipel du goulag. C’était l’époque où le communisme agonisant mais encore vivant pouvait encore prétendre, quoique tout juste prétendre, avoir bonne presse dans un grand nombre de milieux dont les milieux dits intellectuels.
En réalité toutes les classes socio-culturelles furent concernées par son témoignage.

Dans les années qui suivirent je lus « Le Pavillon des cancéreux », « Une journée d’Ivan Denissovitch » et bien sûr ce livre qui ébranla les certitudes de beaucoup, confirma les craintes des autres : L’Archipel du Goulag qui trônait dans la bibliothèque de mes parents. Il était inconcevable que je ne le lise point tant mes yeux revenaient sur sa couverture à bandes rouges.




J’ai suivi le parcours de cet homme parfois déroutant notamment dans ses choix après son retour dans son pays d’origine en mai 1994. Déroutant mais toujours cohérent avec sa vision du monde loin des consensus habituels de la Pensée unique.

En 1993, j’ai aussi été indigné par l’indifférence, sinon le mépris ambiant de la France, la tournure politicienne vile et abjecte que l'on donna de son pèlerinage vendéen.
Si je trouve que les commémorateurs professionnels de la cause vendéenne ou royaliste sont parfois excessifs, notamment dans les Pays de Loire, ces jours là, il était clair pour que par humeur, je l'épouse totalement.

J’ai du reste en mémoire le triste récit d’un ami journaliste qui accompagna ce déplacement.

Inutile de dire que la politique intérieure française ne l'intéressait nullement, et qu'il en ignorait les arcanes et les contradictions. Ce qui l'intéressait, il l'a dit, c'était d'aller en Vendée commémorer le génocide. A ce sujet il a pu dire : "Il y a deux tiers de siècle, l'enfant que j'étais lisait déjà avec admiration dans les livres les récits évoquant le soulèvement de la Vendée, si courageux et si désespéré, mais jamais je n'aurais pu imaginer, fût-ce en rêve, que sur mes vieux jours, j'aurais l'honneur de participer à l'inauguration du monument en l'honneur des héros et des victimes de ce soulèvement." La Vendée fait partie de l'imaginaire russe: elle est la lutte contre la Révolution. Marina Tsvétaeva se voulait elle-même une "Vendéenne", elle alla dans un petit village de Vendée, avec son jeune fils, passer plusieurs vacances d'été. Pour Alexandre Soljenitsyne il s'agit moins du romantisme de la résistance désespérée, comme pour Tsvétaeva, que d'un phénomène plus vaste: la résistance paysanne à la destruction de sa propre civilisation. Mais surtout il s'agit de lutter contre la maladie mortelle de l'utopisme humaniste, appelée progrès, en quoi il voit la source de tous les malheurs. "Jamais à aucun pays, je ne pourrais souhaiter de 'grande révolution'. Si la révolution du 18ème siècle n'a pas entraîné la ruine de la France, c'est uniquement parce qu'a eu lieu Thermidor... Toute révolution déchaîne les instincts de la plus élémentaire barbarie."

Seuls deux hommes politiques français étaient présents à ses obsèques à Moscou. Je ne les aime pas plus que d'autres mais ils y étaient.

On a beaucoup cité ces derniers jours son discours à l’Université d’Harvard le 8 janvier 1978 dont voici quelques extraits des plus éloquents concernant le mal qui frappe l'Occident.



"Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l'Ouest aujourd'hui pour un observateur extérieur. Le monde occidental a perdu son courage civique, à la fois dans son ensemble et singulièrement, dans chaque pays, dans chaque gouvernement, dans chaque pays (...)"

"(...) une liberté destructrice et irresponsable s'est vue accorder un espace sans limite. Il s'avère que la société n'a plus que des défenses infimes à opposer à l'abîme de la décadence humaine, par exemple en ce qui concerne le mauvais usage de la liberté en matière de violence morale faite aux enfants, par des films tout pleins de pornographie, de crime, d'horreur. On considère que tout cela fait partie de la liberté, et peut être contrebalancé, en théorie, par le droit qu'ont ces mêmes enfants de ne pas regarder et de refuser ces spectacles. L'organisation légaliste de la vie a prouvé ainsi son incapacité à se défendre contre la corrosion du mal. (...)"

" Sans qu'il y ait besoin de censure, les courants de pensée, d'idées à la mode sont séparés avec soin de ceux qui ne le sont pas, et ces derniers, sans être à proprement parler interdits, n'ont que peu de chances de percer au milieu des autres ouvrages et périodiques, ou d'être relayés dans le supérieur. Vos étudiants sont libres au sens légal du terme, mais ils sont prisonniers des idoles portées aux nues par l'engouement à la mode (...)"

" Comment l'Ouest a-t-il pu décliner, de son pas triomphal à sa débilité présente ?...Cela signifie que l'erreur doit être à la racine, à la fondation de la pensée moderne... Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident, née à la Renaissance, et dont les développements politiques se sont manifestés à partir des Lumières. Elle est devenue la base da la doctrine sociale et politique et pourrait être appelée l'humanisme rationaliste (...) : l'homme est vu au centre de tout (...)"

"Les Etats devinrent sans cesses plus matérialistes. L'Occident a défendu avec succès, et même surabondamment, les droits de l'homme, mais l'homme a vu complètement s'étioler la conscience de sa responsabilité devant Dieu et la société (...)"

"Est-ce vrai que l'homme est au-dessus de tout ? N'y a-t-il aucun esprit supérieur au-dessus de lui ? Les activités humaines et sociales peuvent-elles légitimement être réglées par la seule expansion matérielle ? A-t-on le droit de promouvoir cette expansion au détriment de l'intégrité de notre vie spirituelle ?


Dans le journal Valeurs actuelles, journal qui parmi d'autres, rend hommage à cette grande Conscience, j’ai pu lire :

"Le coeur de l’homme à barbe de prophète s’est arrêté de battre. La voix de celui qui sut défier la barbarie résonnera longtemps encore. Un cortège immense l’attend dans la paix du ciel : les 80 millions de victimes du régime soviétique, ces zeks morts sans raison ni sépulture dans l’immensité du goulag, sacrifiés dans la longue marche du socialisme totalitaire. Tous lui disent merci. En compagnie de ceux dont il ouvrit les yeux et qu’il fortifia par son exemple de foi et d’espérance".

Xavier ALGRET